Vaud

25 mai 2019 15:01; Act: 26.05.2019 16:34 Print

Plumé par une prostituée et débouté par la justice

par Christian Humbert - Un homme amoureux d'une fille de joie a déposé plainte quand il a compris qu'elle n'en voulait qu'à son argent. Mais pour le tribunal, il y a eu naïveté et non escroquerie.

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La rupture aurait pu se dérouler autrement mais le client amoureux d'une prostituée étrangère a choisi de saisir la justice. Les juges ont toutefois estimé que le plaignant ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même d'avoir fait preuve de tant de naïveté.

L'affaire que le Tribunal cantonal vaudois a eue à traiter est un grand classique. Au printemps 2017, le plaignant a fait la connaissance d'une femme dans un salon de massage, où elle se prostitue. Très vite, elle a déclaré «sa flamme» à son client. Et lui a réclamé, dans la foulée, 5000 euros pour l'aider à payer une prétendue opération du coeur pour son père.

Apitoyé par une femme larmoyante

L'homme n'a rien vérifié avant de lui prêter cette somme: il n'a demandé aucun certificat médical ni devis d'intervention. Et c'est bien ce que la justice lui a reproché, même si le dossier relevait qu'il s'était retrouvé face à une femme larmoyante: «Elle a insisté pendant deux semaines. Elle l'a apitoyé sur son sort, lui disant que son paternel risquait de mourir faute d'intervention.»

L'année suivante, la relation se faisant plus sérieuse, l'homme, toujours aussi amoureux, a financé les voyages de sa belle vers son pays d'origine. Puis, durant six mois, il lui a versé 1700 francs par mois, à la condition qu'elle cesse de se prostituer. Mais, malgré ses promesses, la femme n'a jamais abandonné son activité.

La vérité a éclaté lorsque, en janvier dernier, un homme qui entretenait lui aussi financièrement la prostituée a sonné à la porte de chez elle, alors que le plaignant s'y trouvait. Brutalement confronté à la réalité, l'homme a alors décidé de saisir la justice.

«Il a librement choisi de l'entretenir»

La prostituée n'a jamais éprouvé de sentiments et a manipulé le plaignant pour lui soustraire de l'argent, a soutenu son avocate, Me Janique Torchio-Popescu. Ce qui n'a pas convaincu une procureure de Lausanne, qui a refusé d'ouvrir une enquête estimant qu'il n'y avait pas eu d'astuce et que le plaignant s'était souvent rendu compte que la femme lui mentait.

Le Tribunal cantonal vient de rendre des conclusions identiques. Le plaignant «a librement choisi de l'entretenir. Il n'y a pas d'escroquerie.» Débouté, il doit encore payer 770 francs supplémentaires, ainsi que les honoraires de son avocate.