Procès à Lausanne

12 avril 2019 18:45; Act: 12.04.2019 19:06 Print

Prison ferme pour des prédateurs sexuels

par Frédéric Nejad Toulami - Jugés pour avoir abusé de jeunes femmes très alcoolisées, trois hommes sont reconnus coupables par le Tribunal criminel.

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«Cette affaire écoeurante est symbolique d'une génération ayant perdu tout repère. Quand on sort, on s'alcoolise fortement forcément. Et l'éducation sexuelle se fait à travers des films pornographiques». Président du Tribunal criminel de Lausanne, Alexandre Feser a débuté par ces mots le jugement ce vendredi après-midi. Il constate qu'ils n'avaient aucun respect pour ces filles alcoolisées rencontrées en soirée qu'ils ramenaient chez eux. Des «Mbok», autrement dit des putes, dans leur dialecte camerounais, à qui on fait ce qu'on veut.

A deux reprises différentes, l'accusé principal, âgé désormais de 25 ans, avait profité d'avoir de jeunes femmes totalement ivres dans l'appartement où il logeait pour abuser sexuellement d'elles avec des complices.

Mineure et endormie

En juillet 2015, après une nuit en disco où elle avait trop bu, une adolescente, alors âgée de 17 ans, s'était endormie sur un matelas à côté d'une copine après avoir vomi. Elle avait été abusée par le principal prévenu récidiviste ainsi que par un ami également mineur (ndlr: affaire réglée séparément). Bien qu'il démente aux juges l'avoir pénétrée, il lui avait quand même déclaré devant témoins au petit matin que lui et son ami l'avaient baisée. Sur le moment, la jeune fille était très faible, au point d'être soutenue pour marcher. Ce n’est que plus tard, en reprenant ses esprits, qu’elle avait réalisé certaines choses. Elle s'était rendue au poste de police pour déposer plainte, puis à l'hôpital pour un examen médical.

Invités avec des textos explicites

Rebelote en automne 2017, avec deux autres jeunes femmes rencontrées alcoolisées en boite. Après avoir accepté de suivre l'accusé principal et son cousin, l'une d'elle a continué à boire de la vodka offerte par les Camerounais. Une fois qu'ils sont parvenus à avoir des rapports sexuels non protégés avec elle, ils ont invité par des sms très explicites un ami à les rejoindre. Celui-ci a alors profité d'elle bien qu'elle était allongée inconsciente.

De 3 à 6 ans de privation de liberté. Et des expulsions

Leur culpabilité est écrasante, leur empathie absente, et le risque de récidive élevé, a souligné le président du tribunal. La Cour les juge coupables d'actes d'ordre sexuel en commun. Elle condamne à 6 ans et demi de prison ferme le principal accusé, sous déduction des jours de détention déjà effectués. Il sera ensuite obligatoirement expulsé de Suisse pendant 12 ans, même si sa mère et son frère vivent en Suisse, en raison de ses multiples condamnations. Son cousin se voit infliger une peine de 5 ans ferme, assortie aussi d'une expulsion pénale de 12 ans. Quant à leur ami, bien que son attitude ait été «abjecte», il ne se prend que trois ans de prison dont 6 mois ferme, qu'il pourra exécuter en semi-liberté.

Le ministère public avait requis contre les trois accusés majeurs, tous camerounais, la contrainte sexuelle commise en commun, subsidiairement les actes d’ordre sexuel sur deux personnes incapables de discernement ou de résistance ainsi que le viol. La procureure réclamait respectivement 7, 6 et 5 ans de prison ferme contre eux. Et en raison de leur absence de remords et du risque de récidive, la procureure avait demandé contre les deux principaux protagonistes une expulsion pénale de 12 ans du territoire suisse.

Il est aussi reproché à l'accusé principal d'avoir profité de l'aide sociale alors qu'il travaillait sans l'avoir déclaré. Il avait aussi revendu de la marijuana, tout comme son cousin alors qu'il n'avait pas de permis de séjour.

Toutes les parties ayant reçu le contenu du verdict à la fin de sa lecture, elles ont 10 jours pour faire appel.