Canton de Vaud

22 février 2019 17:05; Act: 22.02.2019 21:01 Print

Cinquante-quatre mois de prison pour un ex-financier

Poursuivi pour avoir emprunté des millions sans jamais rembourser le moindre sou, un homme de 50 ans a écopé de prison ferme vendredi.

storybild

Le préjudice total retenu par le Ministère public central à son encontre s'élève à plus de 11 millions de francs. (Photo: Keystone)

Sur ce sujet
Une faute?

Le tribunal criminel de Vevey a reconnu un financier coupable de gestion déloyale aggravée et d'escroquerie par métier. Cet homme de 50 ans a lésé huit riches investisseurs pour un préjudice estimé à plus de 11 millions de francs. Il écope de 4,5 ans de prison ferme.

Sommes jamais remboursées

«C'est peu dire que la condition de l'enrichissement illégitime est réalisée». Par la voix de sa présidente Anne-Catherine Page, la Cour criminelle de l'Est vaudois a prononcé vendredi durant une heure et demie son verdict dans l'affaire de l'ex-gérant de fortune, accusé d'avoir floué huit investisseurs en ne remboursant pas les importantes sommes d'argent confiées, ni la totalité des intérêts.

Aujourd'hui âgé de 50 ans, ce Romand écope de 4 ans et demi de prison ferme - soit 2 ans et demi de moins que la peine requise il y a trois semaines par le procureur spécialiste Anton Rüsch. Les frais de justice de 192'000 francs ont été mis à sa charge.

Ancien joueur de football américain durant ses études aux Etats-Unis, l'homme de plus de deux mètres a déjà passé deux ans derrière les barreaux en détention préventive. Les cinq juges ont cependant accordé une remise de peine de 7 mois pour sa détention subie dans des conditions illicites à la prison lausannoise du Bois-Mermet, conformément à un arrêt du Tribunal fédéral.

Plaintes retirées

Le préjudice total retenu par le Ministère public central à son encontre s'élève à plus de 11 millions de francs. La moitié des lésés a cependant retiré leur plainte en cours d'enquête pénale, moyennant un arrangement à l'amiable.

Parmi eux, un millionnaire octogénaire, héritier d'une famille d'industriels belges, à la tête d'une fondation basée au Liechtenstein jusqu'à son décès en 2017, ainsi que sa seconde épouse.

Mais également une fratrie de deux jeunes retraités alémaniques, un médecin de Montreux âgé d'une soixantaine d'années, un second établi sur la Côte vaudoise, son épouse ainsi qu'une amie du couple, toutes deux quinquagénaires.

Victimes âgées

«L'accusé a exploité l'inexpérience, la crédulité, la faiblesse d'esprit, la maladie mentale voire le décès prochain de plusieurs personnes, souvent d'âge avancé, pour les amener à lui prêter d'importantes sommes d'argent à titre privé», a soutenu le procureur dans son acte d'accusation mammouth de 125 pages. «Chaque nouvel emprunt servait essentiellement à payer - parfois partiellement- les intérêts d'emprunts antérieurs et à lui assurer un train de vie démesuré», a-t-il détaillé.

Et de reprocher au gérant de fortune d'avoir «créé l'illusion d'une réussite totale pour lui permettre d'emprunter toujours plus».

Fait non contesté par l'intéressé: il a largement vécu au-dessus de ses moyens entre 2008 et 2014. Son endettement personnel déclaré atteignait près de 15 millions de francs durant les mois précédant son incarcération.

Luxueux train de vie

En cause apparemment, des vacances dans des hôtels prestigieux, des repas dans des restaurants gastronomiques, le financement du leasing de son yacht, l'achat de voitures neuves, de bijoux ou de montres pour ses conquêtes successives.

Il y a trois semaines, lors du procès, son avocat, Me Matthieu Genillod, plaidait l'acquittement, arguant notamment que les risques étaient connus des investisseurs, et que la crise financière mondiale de 2007-2008 serait seule en cause dans la disparition des millions prêtés.

Demande de récusation

Une demande de récusation de la Cour in corpore dans cette affaire est toujours pendante auprès du Tribunal fédéral. Si la défense venait à obtenir gain de cause, le jugement rendu ce vendredi pour gestion déloyale aggravée et escroquerie par métier serait annulé et cinq nouveaux juges devraient être désignés en vue d'un nouveau procès.

En parallèle, Me Genillod a également demandé la récusation du procureur Rüsch. Si le Tribunal fédéral entrait en matière, un nouveau magistrat devrait établir un nouvel acte d'accusation, et l'ex-gérant de fortune devrait être rejugé.

(nxp/ats)