Détenue en Syrie

14 juillet 2018 09:29; Act: 14.07.2018 10:19 Print

Radicalisée à Renens, elle raconte depuis sa prison

Sélina S. s'est confiée à un journaliste suisse depuis sa geôle du nord de la Syrie, où elle est détenue avec sa fille de 15 mois.

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Photo d'illustration. (Photo: Keystone)

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«J'étais trop stupide... Je pensais y aller, voir ce que c'était, et que si je n'aimais pas, je reviendrais. Mais quand tu y arrives, t'es piégée et tu ne peux pas partir». Voici quelques-uns des mots que Selina S., 29 ans, ancienne étudiante en droit à l'UNIGE ou à l'UNIL -l'histoire ne le précise pas-, a confiés au journaliste d'investigation de Tamedia Kurt Pelda, assise inconfortablement sur une malheureuse chaise en plastique écrasée par la chaleur du nord syrien. Les phrases ont été dites en anglais. C'est la consigne sine qua non imposée par sa geôlière kurde pour que l'entretien avec Tamedia et SRF ait lieu.

Selina S., aujourd'hui 29 ans, d'origine bosniaque, naturalisée suisse, fait partie des 100 femmes étrangères retenues dans cette prison féminine du nord-est de la Syrie qui compte 370 femmes et 700 enfants. Son tort? Avoir voulu rallier la Turquie pour fuir l'Etat islamique qu'elle avait rejoint en 2015 avec son mari Adnan, Lausannois de 25 ans.

Les bancs de l'université romande semblent bien loin depuis ce camp où, avec sa fille de 15 mois, Asma, elle dit ne même plus avoir de thon pour agrémenter ses spaghettis. Tout est allé très vite après sa rencontre en 2014, sur Facebook, avec Adnan, de 4 ans son cadet et helvetico-bosniaque comme elle. Son père est réfractaire à leur mariage car le jeune homme a arrêté son apprentissage à la Coop et vit aux crochets de l'aide sociale. Qu'à cela ne tienne, ils se marient en cachette à la mosquée de Renens. Puis Adnan est refusé de l'école de recrues. C'est un coup dur pour lui qui a toujours eu un faible pour les uniformes.

Vidéos de propagande

Les vidéos de propagande de l'Etat islamique font le reste: on leur promet une maison gratuite, une vie de rêve au service de leurs prochains qui souffrent. Le couple fuit en 2015 vers la Syrie, en passant par la Turquie. Mais l'expérience tourne court: le califat cesse de verser le solde au couple car Adnan n'est pas apte au combat.

Aujourd'hui, Selina demande une deuxième chance à la Suisse et s'inquiète pour la santé de son enfant de 15 mois. Mais son repentir est pour le moins incomplet car elle justifie les attentats en Europe.«Ce n'est pas OK que les gens meurent dans les rues de Paris, mais ce n'est pas OK non plus que les gens meurent dans les rues de Raqqa. Ce n'est pas OK que des gens meurent, mais devinez quoi, des gens meurent, et c'est comme ça.»

Les autorités fédérales n'apporteront leur aide que si les prisonniers suisses se rendent seuls dans les missions diplomatiques en Turquie voisine. Ce qui est peu probable.

(mam/nxp)