Vevey (VD)

04 février 2019 15:17; Act: 04.02.2019 18:23 Print

Retraité mis sur la paille par une prostituée

par Christian Humbert - Un homme a vidé ses comptes, vendu sa maison et conclu des crédits, par amour pour une femme avec qui il avait eu une relation tarifée.

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A son procès, la sexagénaire n'a reconnu que des prêts, qu'elle dit avoir entièrement remboursés. (Photo: Keystone/AP/Image prétexte)

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C'est une passe qui s'est révélée hors de prix: 1,8 million de francs. Tel serait le montant remis par un ingénieur retraité à une prostituée sexagénaire, avec laquelle il n’a pourtant eu qu’une seule relation tarifée. Mais ce rapport a été marquant puisque l’homme a carrément envisagé le mariage.

Danièle* a reconnu cette amitié lundi au tribunal de Vevey (VD). Mais elle a refusé d’admettre davantage que quelques dizaines de milliers de francs de prêts, «remboursés jusqu’au dernier sou». Pourtant, entre 2008 et 2014, le client devenu entre-temps l’ami qu'on présentait à la famille, lui aurait tout donné, jusqu’au dernier centime. Il a vidé son compte retraite, vendu sa maison, épuisé ses avoirs, conclu des crédits et même ponctionné des amis. La prostituée lui aurait fait miroiter des placements très rentables, par le biais d'une société offshore.

Danièle a aussi bénéficié de nombreuses cartes de crédit «gold» et d’abonnements téléphoniques payés par le plaignant. Elle était tellement endettée qu’elle ne pouvait en avoir à son nom.

L'accusée, dont l’avocat Philippe Rossy, a plaidé l’acquittement, se défend avec énergie: «Je lui ai parlé de mes difficultés financières, jamais de société offshore. Il m’a aidée. Il y a eu trois reconnaissances de dettes. C’est tout. Je ne lui dois plus rien.»

«J'espérais récupérer ma mise»

Son ex client a reconnu avoir «passé des nuits blanches. Je devais toujours donner plus pour espérer récupérer ma mise. J’étais amoureux. Je ne sais pas ce qu’elle a fait de l’argent.»

Danièle avait trois voitures, dont une Aston Martin. Cet argent a servi à maintenir un luxueux train de vie, croit savoir l’accusation. «Je suis certes une prostituée mais pas une escroc», a soutenu Danièle. D'autres clients se seraient également montrés très généreux avec elle, mais ils ont renoncé à porter plainte.

Le procureur, Olivier Jotterand, a requis quatre ans et demi de prison contre Danièle pour escroquerie par métier. Pour lui, cette «manipulatrice au panier percé a profité d’un homme généreux et naïf, aujourd’hui ruiné. Il s’est fait blouser par une femme qui avait l’habitude de paraître. Elle n’a exprimé aucun remord et aucune excuse. Elle a au contraire déposé des plaintes pour calomnie.»

«Rancoeur d'un amoureux déçu»

Avocat de la défense, Me Philippe Rossy ne croit pas «qu’accepter de l’argent soit pénal». Il a aussi émis l’hypothèse qu'on avait affaire à la «rancoeur d’un amoureux déçu». Selon lui, il y a eu bien plus qu’une relation sexuelle.

Le jugement sera rendu mardi.

*Prénom d'emprunt