Lausanne

09 avril 2019 20:17; Act: 10.04.2019 18:27 Print

Six ans de malheurs à cause d'un anniversaire

En décembre 2012, un double anniversaire fêté au sous-sol d'un dépôt dans le quartier du Flon avait tourné court. Une soixantaine de personnes avaient été intoxiquées au monoxyde de carbone.

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Une trentaine d'invités avaient fini la soirée dans des structures hospitalières à cause d'une intoxication au monoxyde de carbone lors d'un double anniversaire célébré au Flon, en décembre 2012.

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«J'étais menotté. Main sur le pistolet, deux policiers m'entouraient. J'avais l'impression d'être un criminel. La presse m'a harcelé. Même des journalistes du Canada m'ont contacté. Par chance, personne n'a eu des séquelles de l'intoxication. Six ans de procédure pour une fête d'anniversaire, c'est long et c'est douloureux.» Très marqué, S., un des deux prévenus, a affiché un repentir dont même le procureur n'a pas douté de la sincérité. Il est poursuivi pour une infraction pénale très rarement utilisée dans l'arsenal juridique suisse: emploi sans dessein délictueux d'explosifs ou de gaz toxiques. Le 15 décembre 2012, cet homme aujourd'hui âgé de 44 ans avait invité du beau monde lors de son anniversaire dans les locaux de son ex-société, au sous-sol d'un bâtiment au Flon (voir encadré).

«Aucune séquelle pour ma femme et le bébé»

Le propriétaire du gril à gaz, connu des pros de la restauration, qui a servi lors de cette fête est également poursuivi pour ne pas avoir installé son appareil dans des locaux adaptés pour l'évacuation des produits de combustion. L'apport en air frais des locaux provenaient des vasistas et des fenêtres ouvertes. Dégoûté, ce quadra italien attend la fin de la procédure pour «quitter définitivement la Suisse». Les témoins entendus mardi au Tribunal de police de Lausanne ont rappelé qu'ils n'avaient rien perçu d'anormal durant la fête. «Ma femme était enceinte. Elle a été acheminée au CHUV puis au HUG pour des séances d'oxygénation hyperbare. Je pense que c'était par principe de précaution. En tout cas, aujourd'hui, elle et notre fille ne présentent aucune séquelle», a affirmé un architecte ayant participé à la fête.
Curieusement, le coorganisateur du double anniversaire, un Lausannois qui célébrait ses 30 ans le soir des faits, ne fait l'objet d'aucune poursuite. Il s'en est d'ailleurs étonné. «Je ne comprends pas pourquoi S. est poursuivi et pas moi alors que j'ai organisé la fête avec lui. C'est même moi qui ai conçu les flyers de la fête. D'ailleurs, j'ai déjà fait part de mon incompréhension aux enquêteurs de la police par rapport à cette différence de traitement», a-t-il courageusement soutenu devant la présidente du Tribunal.

Loi prévue pour les anarchistes des années 1920

Autre incongruité de cette affaire instruite depuis 2012 par quatre procureurs et a engendré deux expertises à chaque fois suivies de complément d'expertise, aucune plainte n'a été enregistrée. «Une infraction au gaz toxique n'a pas été jugée en Suisse depuis une trentaine d'années. C'est un dispositif conçu dans les années 1920 par le législateur pour combattre des anarchistes qui bricolaient du gaz. Le procureur prend un four à brochettes pour une arme de mise en danger massive», a plaidé Me Ludovic Tirelli, l'avocat de S. Selon lui, la combinaison de l'absence de lésions corporelles graves et de plaintes devrait conduire à l'extinction des poursuites. «La justice n'avait pas à se mêler de cette affaire. Mais le procureur fait preuve d'acharnement et veut une condamnation à tout prix», a-t-il soutenu. Il a plaidé l'acquittement de son client et l'indemnisation de ses frais d'avocat, soit 28'715 fr.

Me Jérôme Campart, l'avocat du propriétaire du gril à l'origine de l'intoxication, a lui aussi demandé une indemnité de 10'000 fr pour son client, notamment à cause de la longueur de la procédure. Le procureur Laurent Maye a requis des jours-amende avec sursis pour les deux prévenus.
Le verdict sera rendu ce mercredi après-midi.

(apn)