Incendies à Avenches (VD)

23 juillet 2017 22:10; Act: 24.07.2017 23:34 Print

Soldat du feu héroïque ou pompier incendiaire?

par Abdoulaye Penda Ndiaye - L’incendiaire présumé d’Avenches est un sapeur de 27 ans qui a participé avec beaucoup de zèle à l’extinction du brasier.

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Le jeune homme avait pris la pose devant un des bâtiments incendiés. (Photo: APN - © 20 minutes)

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L’homme appréhendé vendredi matin par la police vaudoise comme principal suspect des incendies dans la Broye est un pompier volontaire de 27 ans.

Pour expliquer cette interpellation, un petit flash-back s'impose. Tout a commencé aux premières heures du samedi 15 juillet: sept incendies ont éclaté sur un rayon d'une dizaine de kilomètres. Le principal foyer est localisé à l’Institut équestre national d’Avenches (IENA) vers 1h. Policiers et pompiers comprennent très vite que plusieurs feux ont été allumés pour faire diversion, comme si l'auteur voulait éparpiller les secours et, par conséquent, réduire le nombre de pompiers sur le site équestre d'Avenches. Là-bas, tout au long de l’intervention, sur la cinquantaine de secouristes, un jeune pompier s’est signalé par son héroïsme et sa bravoure. C'est lui qui a foncé vers l’appartement d’un driver pour s’assurer que le sexagénaire avait pu quitter les lieux. C'est encore lui qui a déplacé le camion de celui-ci qui risquait de s'embraser. Il se serait ensuite mis à prendre dans ses bras un à un les six occupants des lieux, tous rescapés. Vers 4h, il a extirpé des flammes deux chevaux, dont tous les compagnons avaient péri. A la fin de l’opération, effondré, il a crié sa désolation de n’avoir pas pu éviter la fin atroce de 23 chevaux brûlés vifs. Parmi les deux qu'il a sauvés, un équidé va périr le lendemain.

Vu son état de choc, ses collègues pompiers l'ont isolé pour qu'il ne voit pas les carcasses des animaux morts carbonisés. A commencer par le commandant, ils sont admiratifs et touchés par la bravoure de ce pompier, qui n'a pas caché qu'il connaissait «par cœur» et les chevaux et les lieux du sinistre.

Les premières suspicions

Lundi 17 juillet. Rebelote. Il y a une reprise d’incendie sur le site. Là encore, le héros du samedi est le premier sur place. Un habitué de l’IENA a alors commencé à avoir des doutes sur lui. Au fil des jours, la suspicion a gagné de nombreuses personnes, qui le trouvent «bizarre». Le pompier, qui se déplace à vélo, aurait aussi confié qu’un bon connaisseur de la région pouvait causer les incendies sans utiliser une voiture. Le héros est sollicité par «20 minutes», qui l'a filmé et interviewé. Volubile, il revient sur les événements du samedi avec force détails. Son attitude nous interpelle. Un doute fait surface sur une éventuelle culpabilité. Décision est prise de ne pas publier l'entretien.

Héros dans les médias et sur Facebook

Mardi 18 juillet. C'est jour de courses à Avenches. Le héros est à l'hippodrome. Des gens le félicitent pour son intervention. Mais le jeune homme est probablement frustré de ne pas avoir eu le retentissement médiatique espéré. Il sollicite les quotidiens «24 heures» et «Paris-Turf», qui lui consacrent des articles. Sur sa page Facebook, où il arbore comme profil «Je suis IENA» en guise de soutien, il poste le lien du reportage élogieux du journal le plus lu des turfistes francophones.

Mercredi 19 juillet. Il téléphone pour savoir la date de publication de l'article de «20 minutes» et fait part de son «envie de partir à l'étranger pour quelques jours». Sent-il l'étau se resserrer autour de lui?

Jeudi 20 juillet. Il écrit à la rédaction de «20minutes» pour se plaindre de la non-parution de l'entretien du lundi.

Vendredi 21 juillet. La police interpelle celui qui est à ses yeux le suspect N°1.

«Je me dis qu'il est innocent»

«Il en a trop fait et trop dit», observe une source. Mais à l'IENA, certains sont encore incrédules face à la tournure des événements. «Tant qu'on ne m'aura pas prouvé sa culpabilité, je continuerai à me dire qu'il est innocent», clame un entraîneur.

Quatre ans plus tôt, à ses débuts chez les pompiers, le jeune homme aurait déclaré: «Mon pire cauchemar est que ça brûle à l’IENA.» Au stade actuel de l’enquête, le scénariste et l’acteur principal du film d’horreur du 15 juillet sont une seule et même personne.

Contactée lundi, la procureure a signalé qu'il n'y avait «pas d'éléments nouveaux depuis vendredi».