Lausanne

18 juin 2019 06:08; Act: 18.06.2019 06:08 Print

Tonton serviable accusé d'être un prédateur sexuel

par Abdoulaye Penda Ndiaye - Un Africain de 29 ans est poursuivi pour viol et actes d'ordre sexuel avec des enfants. La plus jeune des victimes avait 6 ans lors des faits et s'est confiée à sa psy.

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Le procès se déroule au Tribunal correctionnel de Lausanne.

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«Depuis six ans, je n'y arrive plus sur le plan sexuel. Ça me dégoûte et me fait peur.» Voix basse, émotion palpable, Agnès* décrit comment Max* a fait basculer sa vie au printemps 2013. Celui qui passait pour un «tonton gentil et serviable» se serait transformé en un manipulateur démoniaque inspiré par de bas instincts. La jeune femme, qui était en froid avec ses parents et venait d'être quittée par son ami venait de s'installer dans un nouvel appartement. Alors qu'il était venu chez elle pour l'aider à installer des meubles, l'Africain de 29 ans lui aurait recommandé un bain mystique pour se débarrasser d’un mauvais sort. Et en aurait profité pour abuser d’elle. «Je ne voulais pas. Il a insisté et m'a dit qu'il fallait le considérer comme un gynécologue. Je me sens bête et sale», a décrit Agnès en larmes. Une de ses cousines, domiciliée en France, aurait été victime du même stratagème du bain rituel pour chasser les mauvais esprits. Cette affaire-là n'a pas encore été jugée en France. «Tout est faux», a réagi l'accusé hier au Tribunal correctionnel de Lausanne.

«Elle était joyeuse et sportive»

Entendu comme témoin, le grand-père d'Agnès a relevé qu'avant les faits, sa petite fille «était joyeuse, pratiquait l'athlétisme et suivait une formation d’employée de commerce». Aujourd’hui, elle a cessé toute activité sportive, a échoué dans sa formation, est passée de 65 kg à 100 kg et est suivie par un psy. Deux autres plaignantes sont présentes, dont la mère d’une fille née en 2005. La violence de l’enfant a attiré l’attention des autorités scolaires, du SPJ et des psychologues. Ce n’est qu’en 2017 qu’une psy a réussi à la faire parler. En 2011, alors qu’elle avait 6 ans, sans solution de garde, sa mère l’avait confiée à Max pour aller travailler. Elle aurait alors subi des tentatives de sodomie et de pénétration vaginale. «J’ai rencontré Max en 2008-2009. Je l’invitais chez moi. C’était comme un frère», a déploré la maman. «Connaissez-vous Agnès», a demandé Me Maryam Massrouri, qui faisait ainsi allusion à une éventuelle cabale familiale contre le prévenu. «Non», a calmement répondu la mère de l'enfant.

«Je crois en l'innocence de Max»

Un journaliste vaudois à la retraite, qui rend visite à Max à la prison où il est en détention préventive, s'est dit impressionné par la foi de l'accusé et sa capacité d'intégration. «Il est allé jusqu'à apprendre le suisse allemand pour décrocher un job à Bienne (BE)», a relevé le témoin. «Je crois en son innocence», a lâché le sexagénaire qui s'est vanté d'avoir un don pour percevoir la véracité des propos de ses interlocuteurs. «J'aimerais avoir le même don que vous», a aussitôt souri la présidente du Tribunal.

Au grand regret de la défense, il n’y a pas eu de confrontation entre Max et les plaignantes. «Rien qu’en entendant sa voix, ma cliente va décompenser», a averti l’avocate d’Agnès. La troisième plaignante sera entendue mardi matin. Elle accuse Max de l'avoir forcée à entretenir une relation sexuelle avec lui en 2011. Elle avait 16 ans et était vierge. Son audition sera suivie du réquisitoire de la procureure Laurence Boillat et des plaidoiries des quatre avocats.

*Prénoms d'emprunt