Vaud

13 février 2020 05:54; Act: 13.02.2020 11:50 Print

Un tour de passe-passe et ils devenaient Portugais

par Christian Humbert - La justice enquête sur une grosse arnaque de passeports délivrés à des Bangladais depuis l'État indien de Goa.

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Les habitants de Goa peuvent demander le passeport portugais. (Photo: iStock/Image prétexte)

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Les services officiels n’y ont vu que du feu: de nombreux Bangladais ont pu s’établir en Suisse grâce à des passeports portugais. Curieusement, ils sont devenus Européens sans parler le moindre mot de la langue liée à leur document. Ils ont ainsi pu s’établir, travailler et bénéficier de prestations sociales dans le pays.

Détenteur d’un permis C, un Bangladais habitant la région lausannoise depuis vingt ans serait au coeur de ce trafic. La justice vaudoise lui reproche d’avoir vendu les précieux sésames à des compatriotes dont il aurait organisé la venue en Suisse. L’homme leur aurait fourni travail et logement. Mais il est aussi soupçonné de les avoir rançonnés: sous la menace de leur faire perdre leur permis d’établissement, il aurait conservé leurs salaires et les aurait empêchés de se déplacer à leur guise.

Ancienne colonie portugaise

C’est ce dernier comportement qui a déclenché l’enquête à la suite de la plainte d’une victime. Comme ses compatriotes ayant bénéficié de la combine, le suspect vivait sous un faux nom. Au lieu de se présenter comme Bangladais, il disait venir de l’ancienne colonie portugaise de Goa, aujourd'hui indienne. Les habitants de cet ancien territoire portugais ont droit à la citoyenneté de l’ancien occupant s’ils le désirent.

Il conteste tout

Tête présumée du réseau, S. Z. a été arrêté en septembre dans son restaurant. En plus de 10'000 francs en cash, son appartement abritait des photocopies de passeports et de titres de séjour.

La défense de cet homme est simple. «S. Z. conteste les faits», explique son avocat, Ismael Fetahi. L’argent retrouvé chez lui serait le fonds de caisse de son commerce. Le Bangladais a mis en cause d’autres personnes pour se disculper. Il a été détenu quelques semaines, puis relâché avant les Fêtes.

L’enquête vaudoise se poursuit: pas sûr qu’elle révélera toute l’ampleur de ce trafic.