Lausanne

19 mai 2019 09:26; Act: 20.05.2019 07:30 Print

Une famille traquée après une simple dispute d'ado

par Pauline Rumpf - Des vidéos de violence, associées à tort et publiées sur les réseaux sociaux, se sont répandues sur Snapchat, accompagnées des données personnelles d'une ado. Des jeunes ont voulu faire la justice eux-mêmes sur la base de fausses informations.

storybild

Cette vidéo montre une agression récente, dans laquelle toutes les filles ont à peu près le même âge. Elle a toutefois été associée sur Snapchat avec une autre vidéo bien plus violente, d'agression sur une plus jeune fille. (Photo: Screenshot Snapchat)

Sur ce sujet
Une faute?

Alaia* et sa famille ont vécu l'enfer ces derniers jours, assaillis par des internautes qui criaient vengeance. En deux jours, et avant d'éteindre son téléphone, l'adolescente a reçu des messages de menaces de plus de 500 numéros de téléphone différents, en provenance non seulement de Lausanne mais de toute la Suisse, puis même de France et d'Italie.

En cause: une rumeur qui s'est répandue comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. Snapchat s'est enflammé cette semaine avec la publication de deux vidéos violentes tournées à Lausanne. Les deux agressions impliquent des mineurs, mais ont une teneur bien différente. La première, qui remonte à plusieurs mois, montre des agresseuses de 16-17 ans s'en prendre à une fille plus jeune, la frapper et la déshabiller. La violence de ces images ont largement choqué ceux qui les ont vues.

La seconde vidéo, tournée la semaine dernière, montre deux filles en taper une troisième; les trois ont à peu près 16 ans. La scène ferait suite à une autre altercation, dans laquelle la victime de la bagarre filmée ici était elle-même assaillante.

Une dispute d'ado puis un buzz mal intentionné

Or, si l'une des agresseuses de la seconde vidéo figure aussi sur la première, ce n'est pas le cas de l'autre, Alaia. Ce sont pourtant les informations personnelles d'Alaia qui ont circulé sur Snapchat ces derniers jours, associées à des appels à la vengeance pour la première agression, à laquelle elle n'avait pas participé.

Son numéro de téléphone s'est transmis au-delà de nos frontières, et les menaces se sont amoncelées. Certains sont même passés du virtuel au réel: la jeune fille a été traquée, elle s'est fait frapper, son petit frère aussi. Des gens sont même venus toquer à la porte de la famille afin de s'attaquer à leurs enfants.

Les parents d'Alaia se disent choqués de l'ampleur qu'a pris toute cette histoire. A la base, racontent-t-ils, c'est une dispute d'adolescentes. S'ils concèdent que la décision de leur fille, de se venger en tapant son agresseuse, était une mauvaise décision, ils rappellent qu'elle n'a rien à voir avec la «tragique et ignoble» agression montrée par la première vidéo. Ils expliquent qu'un snapchatter mal intentionné a associé les deux pour faire le buzz, et que les gens se sont contentés de cette «pseudo-information» pour décider de faire la justice eux-mêmes. Des plaintes pénales devraient être déposées contre eux.

Police et justice sur le coup

La police municipale de Lausanne a déjà identifié les personnes impliquées, tant dans la première agression datant du début de l'année que dans la plus récente. Plusieurs personnes ont été déférées au Tribunal des mineurs. Les forces de l'ordre ont également dû intervenir dans le cadre de la vendetta qui s'en est suivie.

La police ajoute qu'une personne qui diffuse les données personnelles d'une personne peut être poursuivie en cas de dépôt de plainte, ou si un passage à l'acte est causé par sa publication.

Elle invite surtout à ne pas partager les images, et à laisser les institutions faire leur travail. Elle insiste pour que les personnes qui ont été choquées par le visionnage des vidéos ne se rendent pas elles-mêmes auteures d'agressions, et donc passibles d'être poursuivies.

*prénom d'emprunt