Festival de Locarno

13 août 2019 16:54; Act: 13.08.2019 21:14 Print

«Je ne me vois pas comme un Dieu tout-puissant»

par Marine Guillain - Le Morgien Basil Da Cunha est le seul Suisse sélectionné en compétition officielle avec son deuxième long métrage, «O Fim do Mundo».

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Basil Da Cunha (à dr.) sur le tournage de son long métrage, avec quelques-uns de ses potes acteurs.dr (Photo: dr)

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Suisse d'origine portugaise, Basil Da Cunha a grandi sur l'Arc lémanique avant de s'installer au Portugal il y a une dizaine d'années. Ayant un budget serré, il atterrit à Reboleira, banlieue pauvre, qui était «l'endroit le moins cher de Lisbonne». Il tombe immédiatement amoureux de ce lieu et y tourne plusieurs films, tous sélectionnés au Festival de Cannes. Son dernier, «O Fim do Mundo» est la seule oeuvre suisse en lice pour le Léopard d'or à Locarno. Nous avons lancé un coup de fil au cinéaste de 34 ans avant la présentation au public.

Qu'est-ce qui vous a autant plu à Reboleira pour avoir envie de filmer ce quartier à plusieurs reprises?

C'est un monde à part, comme un petit village vivant en autarcie avec ses propres règles. Il y a tellement de fous dans cet endroit, je m'y suis tout de suite senti à la maison. Les maisons sont ouvertes, les gens vivent dans la rue, les générations se mélangent... Il y a tellement de récits de vie incroyables que je pourrais faire un film pour chaque histoire! En fait ça compte beaucoup pour moi de documenter la vie de ce quartier promis à la démolition. Il fait intégralement partie de l’histoire du Portugal, même si ça en dérange certains.

Le film terminé est-il resté fidèle au scénario d'origine?

Non! Tous les ados que l'on voit dans le film étaient encore des enfants quand j'ai commencé à écrire «O Fim do Mundo». Le temps que je trouve un financement, ils étaient devenus des ados. Du coup le scénario de base s'est transformé. L'innocence dont je voulais parler au départ avait disparu, alors j'ai décidé de parler de ce jeune garçon qui revient dans son quartier, abîmé par les années passées dans une maison de correction. Il ne croit plus en grand chose. C'est l'histoire de beaucoup de mecs du quartier.

Et comment avez-vous trouvé vos acteurs?

La plupart sont des enfants de mes potes, que je connais depuis longtemps et que j'ai vus grandir. Certains jouent presque leur propre rôle, tandis que d'autres pas du tout. L'acteur principal, Michael Spencer, a par exemple un vrai rôle d'interprétation, il n'a pas du tout le même caractère que ce personnage.

Quelle est votre manière de travailler avec votre équipe?

Mes idées de départ changent sans cesse avec la réalité que je filme. Je ne me vois absolument pas comme un Dieu tout-puissant qui décide de tout. Je laisse de la liberté à ceux qui bossent avec moi, j'écoute leurs propositions. Le résultat, on l'a fabriqué ensemble.

Comme vous êtes très attaché à eux, serait-il envisageable pour vous de vous en séparer et de tourner un long métrage en Suisse?

Ah ouais complètement. J'ai déjà deux scénarios que j'aimerais tourner en Suisse, mais c'est pour plus tard. Je n'ai pas fini mon boulot avec mes gars là-bas à Reboleira, j'ai tout un quartier derrière moi et des centaines d'acteurs qui deviennent meilleurs de film en film. Les gens me font confiance, ils partagent leurs histoires et maintenant il faut faire fructifier ce travail.

Festival de Cannes, Festival de Locarno... quelle sélection vous a fait le plus gros effet?

Cette sélection est particulièrement savoureuse pour moi en tant que Suisse, je suis honoré de me retrouver au milieu de réalisateurs que j'admire. Ceci dit je fais des films car j'ai besoin de raconter des trucs, pas parce que je veux aller dans les Festivals. Mais en même temps une sélection est vachement importante pour que le film puisse exister, pour qu'il soit vu. Ça donne de la force et de la légitimité à ce que je fais.

La bande-annonce de «O Fim do Mundo»: