«La favorite»

05 février 2019 19:38; Act: 05.02.2019 19:38 Print

«La favorite»: un jeu de dames sur échiquier géant

par Marine Guillain - Avec son film historique en tête de la course aux Oscars, le Grec Yorgos Lanthimos nous livre un impitoyable match de garces.

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Il se dit qu'à la cour, l'hypocrisie et les commérages atteignent un niveau inégalé. Et ce n'est pas Yorgos Lanthimos qui dira le contraire! Dans l'Angleterre du XVIIIe siècle, à l'intérieur du luxueux palais de la reine Anne (Olivia Colman), manipulations, mensonges, ambitions et trahisons sont légion. Le pays est en guerre contre la France et c'est Lady Sarah (Rachel Weisz), confidente très proche de la reine à la santé fragile, qui gouverne à sa place.

Les choses se compliquent avec l'arrivée d'une nouvelle servante. Prête à tout pour grimper les échelons, Abigail (Emma Stone) gagne la confiance de la reine. Se forme alors un triangle infernal où tous les coups sont permis, quitte à s'en infliger soi-même et à vendre son corps...

Moins délirant que «The Lobster» (2015) ou «Mise à mort du cerf sacré» (2017), «La favorite» compense avec des dialogues acérés et une mise en scène frénétique – qui lui valent dix nominations aux Oscars et douze aux Bafta. Le talentueux et étrange Lanthimos réinvente le film d'époque avec une férocité jouissive. Le spectateur se place comme un espion de ce spectacle outrancier, qui explore les pires facettes humaines. Dans leur bulle d'exubérance (soulignée par l'effet fish­-eye), les dames (performances d'actrices indiscutables) ne font preuve d'aucune bienséance, tandis que les hommes n'existent simplement pas.