Sortie ciné

19 novembre 2019 22:23; Act: 20.11.2019 13:15 Print

«Les misérables» plonge dans l’âme de la banlieue

par Marine Guillain - Primé à Cannes, le premier long métrage de Ladj Ly est d'une intensité folle. Et une sacré claque!

Une faute?

Tout juste arrivé de Cherbourg, Stéphane (l'omniprésent Damien Bonnard – six films en 2019) intègre la Brigade anti-criminalité de Montfermeil, cité-dortoir du 93 (40% de chômage). «Les misérables» se déroule sur une journée, que Stéphane passe en patrouille avec ses deux nouveaux coéquipiers, Chris et Gwada. Esprit d'équipe et cohésion sont les mots d'ordre, ce qui est loin d'être simple quand un collègue se comporte en vrai con.

Des gosses en pagaille, un vol de lionceau, une bavure policière, un drone espion, des rivalités... Le scénario est précisément né d'une bavure policière que Ladj Ly, qui a grandi du côté des «banlieusards», a vue et filmée. Le cinéaste s'inspire directement des émeutes de 2005, qui ont eu lieu après que deux ados qui tentaient d'échapper à la police ont perdu la vie, électrocutés dans un poste électrique. Le cinéaste ne diabolise pas pour autant la police. Il lance plutôt un appel à l'apaisement, dans un cadre et une époque où une issue semble souvent impossible.

Découvre-t-on quelque chose de neuf sur la banlieue avec «Les misérables» (Prix du jury à Cannes)? Pas vraiment. Qu'à cela ne tienne. L'important, c'est le sentiment d'urgence qui éclate, le cri d'alarme d'une jeunesse désœuvrée qui retentit. On ne reprend pas beaucoup son souffle dans ce film volcanique. Quant à la puissante scène de fin, elle vous laissera scotchés...

Qui est Ladj Ly?

Sa caméra, c'est son arme. Et la banlieue, il connaît, puisqu'il y vit depuis qu'il est arrivé du Mali, enfant, avec ses parents. Aujourd'hui, l'artiste de 39 ans habite avec sa femme infirmière et leurs trois enfants. Mais avant ça, à 10 ans, il a vécu son premier contrôle policier. Evénement qui est ensuite devenu quotidien selon lui. Passionné de vidéo, formé au multimédia, Ladj Ly a tourné des clips et des documentaires dans son quartier. En 2018, il a créé à Montfermeil une école gratuite des métiers du cinéma, l'école Kourtrajmé. Pour la petite histoire, Montfermeil est aussi le quartier où Victor Hugo a écrit les Misérables...