Ruth Negga

16 septembre 2019 10:06; Act: 16.09.2019 10:07 Print

«Merde, je dois jouer face à Brad Pitt!»

par Miguel Cid - Ruth Negga donne la réplique au sex-symbol dans l'odyssée spatiale «Ad Astra», en salle mercredi 18 septembre 2019.

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L'actrice irlando-éthiopienne de 37 ans, qui avait été nommée à l'Oscar de la Meilleure actrice en 2017 pour «Loving», prend son pied devant la caméra mais est terrifiée à l'idée d'être jugée.

Êtes-vous fan de science-fiction?
Hum, je n'aime pas dire non mais je ne comprends juste pas ce qu'on y raconte. Il me faut beaucoup de temps pour piger. Cela me rappelle les cours de physique à l'école pendant lesquels j'étais perdue! Mais j'apprécie l'aspect grandiose de la science-fiction. La première fois que j'ai vu «2001: l’odyssée de l’espace», je me suis dit: «Ouah! Quelqu'un a eu le droit de faire ça? C'est extraordinaire.»

La solitude est un thème central d'«Ad Astra». Comment faites-vous pour représenter ce sentiment à l'écran?
Je crois que j'ai un visage solitaire, ça aide (rire). Mon personnage et celui de Brad sont essentiellement des orphelins. Leurs parents les ont abandonnés pour une grande cause et cela les rapproche. Je ne peux pas imaginer les dégâts que cela doit causer à l'estime de soi et à ta capacité à être en relation avec d'autres êtres humains. Certaines personnes vivent dans la solitude et ce film brosse un super portrait de ça.

Vous avez perdu un parent très jeune. Puisez-vous dans votre expérience personnelle pour jouer un rôle?
Je ne peux pas oublier mon expérience personnelle quand je joue. Lorsqu'on est acteur, on s'inspire automatiquement de ça. Mais je n'essaie pas d'invoquer des souvenirs. Je fais ce métier depuis maintenant vingt ans et les choses me viennent naturellement maintenant. Je trouve ça difficile à expliquer avec des mots. Quand on me demande à quelle méthode d'acteur j’adhère, je réponds: «la méthode Ruth!»

Vous vous décrivez comme «quelqu'un de timide qui recherche l'attention». Expliquez-nous.
Je crois que tous les acteurs ont ça, cette contradiction, «regardez-moi, ne me regardez pas». J'adore raconter des histoires et le feeling de ravir les gens. Quand je raconte une blague et fais rire quelqu'un, c'est le pied. Mais ce qui me terrifie, c'est d'être scrutée et jugée. Est-ce le prix à payer pour qu'on me regarde? Je crois que je vais appeler un psy!

Qu'est-ce qui vous a poussée devant la caméra?
Mon père était docteur (ndlr: il est mort dans un accident de voiture quand elle avait 7 ans) et jusqu'à l’âge de 8 ans, j’étais convaincue que j'allais devenir médecin. J'adorais aller au cinéma et ma mère m'a raconté qu'un jour j'ai dit: «Ouais, je ferai ce métier», comme s'il suffisait de le vouloir pour y arriver. C'est une vocation, pour moi en tout cas. Je suis frustrée, blessée, déçue par ce métier. Mais je l'adore aussi et le considère utile. Il aide les gens à éprouver de l'empathie pour ceux qu'ils regardent à l'écran.

A-t-il aussi un côté fun, comme de décrocher un rôle face à Brad Pitt?
Tu te dis «Youpi, je vais jouer face à Brad Pitt!» et puis ensuite «Merde, je dois jouer face à Brad Pitt!» (rire). Le côté fun pour moi, ce sont les moments entre deux prises sur le plateau. J'aime avoir mon propre espace mais aussi me mêler aux gens et rigoler. Tu as besoin d'humour et de légèreté pour pouvoir ensuite jouer un rôle sombre.