Coup de coeur

19 février 2019 19:08; Act: 19.02.2019 19:08 Print

«Sibel», une échappatoire aux normes de la société

par Marine Guillain - Parce qu'elle est muette, une jeune femme turque subit le rejet des habitants de son village.

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Elle est belle comme un soleil, Sibel la rebelle. Muette depuis toute petite, la brune aux grands yeux clairs communique grâce à des sifflements, langage ancestral de sa région (que l'actrice Damla Sönmez a appris avec un professeur). À cause de cette différence, les villageois l'excluent. Sauf son père, qui a élevé seul Sibel et sa sœur cadette. Forcée à la ­solitude, Sibel s'évade dans la forêt et chasse un loup qui effraie les villageois. Un jour, elle tombe sur un homme grièvement blessé et l'aide à se soigner. S'installe entre eux une relation autre que tout ce qu'elle a connu...

Derrière «Sibel», primé à Locarno, se cachent Guillaume Giovanetti et Çagla Zencirci. Le couple a eu l'idée du scénario en lisant «Les langages de l'humanité», pavé de 2000 pages qui faisait mention d'une langue sifflée dans un petit village au nord-est de la Turquie.

Leur intense long métrage n'est autre qu'une magnifique ode à la libération. S'il la met à l'écart, le mutisme de Sibel la sauve surtout des normes sociétales. Elle échappe aux carcans qu'on impose aux femmes (mariage, enfants...) et s'en affranchit avec dignité, en faisant un pied de nez à ceux qui ont peur de l'étranger et rejettent la différence.

Enfin, cette scène où la jeune femme, d'un geste, relève la tête baissée de sa sœur honteuse afin de lui transmettre sa force et sa fierté, se classe parmi les plus beaux moments du cinéma.