Festival de Cannes 2012

19 mai 2012 21:47; Act: 19.05.2012 21:48 Print

Alexandre Desplat, musicien omniprésent

Alexandre Desplat, multi-récompensé en Europe et aux Etats-Unis, signe la musique de cinq films en Sélection officielle à Cannes, et dont les notes «complètent les dialogues», explique-t-il à l'AFP.

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Alexandre Desplat a remporté l'Oscar de la Meilleure pour "The Ghost Writer" en 20122. (Photo: AFP)

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Le compositeur, invité samedi à donner une leçon de cinéma par la direction du Festival, a fait presque toutes les montées des marches depuis l'ouverture jeudi: en ouverture avec «Moonrise Kingdom» de Wes Anderson; le lendemain entre Jacques Audiard et Marion Cotillard pour «De Rouille et d'Os» et encore vendredi avec l'Italien Matteo Garrone pour «Reality».
«Un pur hasard de calendrier», assure-t-il, que ces films aient été prêts au même moment. Mais Audiard, Anderson, c'est sa tribu: six films avec le premier, deux avec le second. Et trois avec Gilles Bourdos qui présente «Renoir» la semaine prochaine, sans compter les nombreux Polanski, dont il accompagne le long portrait documentaire («Le Film mémoire»).

Le privilège de la liberté

Bref, où qu'on regarde sur la Croisette, Desplat est partout et se coule chaque fois dans un monde différent.
«Compositeur de cinéma c'est justement passer d'un univers à l'autre. Ma passion du cinéma vient de là et d'ailleurs les réalisateurs sont multiples eux aussi, Spielberg peut faire un film de science fiction, puis un drame et ensuite un film de guerre».
«Ils ont le droit de toucher à tous les styles et le compositeur aussi».
«Avec Jacques (Audiard) ce n'est qu'une fois le montage terminé que je me suis mis au travail, mais chaque film appelle un processus différent».

Des méthodes qui varient

Wes Anderson, à l'inverse, lui avait commandé une pièce orchestrale qu'écouteraient les deux jeunes héros amoureux pendant leur voyage.Alexandre Desplat compose aussi en songeant aux acteurs: «Il m'est arrivé de refuser des films en fonction du casting, parce que je n'avais pas envie de passer un ou deux mois de ma vie avec des personnages dont je n'aime pas le visage ou la voix», avoue-t-il (non, pas de nom).
«Je suis un artiste visuel, je n'écris pas pour le concert mais pour l'image: mes yeux doivent être d'une extra-sensibilité, pas seulement mes oreilles. Or, on n'écrit pas de la même façon pour Marion Cotillard et pour Nicole Kidman, encore que leurs voix partagent une douceur sensuelle qui les rend assez proches».

Auteur à part entière

Outre l'ambiance de fête, l'avantage des tapis rouges cannois est que les équipes des films les foulent en bande: «La montée des marches, c'est l'esprit de troupe, comme au théâtre», se réjouit le compositeur. «Alors que le cinéma l'oublie souvent».
Or, «je ne suis pas un technicien, mais un auteur. D'ailleurs comme le metteur en scène et le scénariste, je touche des droits d'auteur», insiste-t-il.
C'est un vieux combat que mène Alexandre Desplat, heureux de venir transmettre sa passion au public à la faveur de cette «Masterclass», d'évoquer des duos marquant qui ont fait naître chez lui cette «envie irrépressible» de composer pour le cinéma: Otto Preminger et David Raksin dans «Laura», Truffaut et Delerue dans «La Peau douce», Maurice Jarre et Peter Weir dans «Witness»...

La musique en complément de l'image

«On connaît mal ce que les compositeurs et les cinéastes ont pu inventer ensemble comme outil narratif et dramaturgique», dit-il, souhaitant qu'on «puisse approcher la musique de films non plus comme une note qui accompagne l'image et qu'on oublie à la sortie».
«C'est une autre forme du dialogue, entre les lignes, qui vient faire apparaître l'invisible. La musique est là pour créer autre chose que ce que l'on voit. J'aime qu'elle puisse se fondre dans l'image, en être indissociable, mais aussi tenir le choc hors de l'image»

(afp)