12 novembre 2019 20:53; Act: 12.11.2019 20:53 Print

Au-delà de la polémique, que vaut donc «J'accuse»?

par Catherine Magnin - En faisant de l'affaire Dreyfus le sujet de son nouveau film, Roman Polanski joue avec le feu.

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Une accusation de viol commis il y a quarante-cinq ans par le cinéaste franco-polonais, lequel n'a jamais été blanchi du soupçon de détournement de mineure à la même époque… C'est en pleine tourmente #MeToo que sort le nouveau film de Polanski. La polémique le frappe plus fort encore qu'«Un jour de pluie à New York» de Woody Allen car, comme son titre l'indique, «J'accuse» raconte une célèbre erreur judiciaire. Faut-il y voir une forme de défense préventive?

D'aucuns palabreront sur la distinction à faire –ou non– entre l'artiste et son œuvre. Sur la nécessité –ou pas– de boycotter le long métrage pour ne pas faire de publicité à son auteur. Sur la tentation de mesurer –ou non– le thème choisi à l'aune de la vie de Polanski.

Il n'empêche: l'objet cinématographique est un film policier au suspense intense, malgré un dénouement connu. Son scénario ne s'attarde pas sur Dreyfus (Louis Garrel), condamné pour trahison en 1894, ni sur Zola, auteur de l'article paru dans «L'Aurore» en 1898. Il se concentre sur un certain Picquart (Jean Dujardin). C'est ce colonel, propulsé à la tête d'un vétuste service de contre-espionnage, truffé d'incompétents et de préjugés, qui a découvert que l'officier juif était innocent.

Reconstitution rigoureuse, interprétation magnifique: le «J'accuse» de Polanski ne flamboie pas, mais appelle à la vigilance en décortiquant une erreur judiciaire que nul n'est à l’abri de répéter... Suivez son regard?