«Douleur et gloire»

17 mai 2019 21:11; Act: 17.05.2019 21:11 Print

Pedro Almodovar n'a pas dit son dernier mot

par Catherine Magnin - Avec «Douleur et gloire», en compétition pour la Palme d'or du Festival de Cannes 2019, le cinéaste espagnol signe son film le plus personnel.

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Salvador (Antonio Banderas) n'a pas la forme. À une actrice qui lui demande s'il écrit, s'il tourne, ce qu'il fait de sa vie, ce réalisateur reconnu déclare juste... vivre. Paralysé par des douleurs en tous genres, corps qui se délabre, âme rongée par l'angoisse, il se sent impuissant à exercer sa passion, la mise en scène.

Il lui faut l'apesanteur d'une piscine, la découverte de substances illégales, pour soulager sa souffrance, comme autant d'instants de répit au cours desquels resurgissent les souvenirs: l'enfance avec sa mère (Penélope Cruz), lavandière, dans une maison caverneuse aux murs de chaux et au plafond ouvrant sur le ciel bleu, l'éducation à la hussarde, le maelström de la gloire, les premiers émois à la vision d'un corps dénudé...

À l'heure où la cinémathèque envisage de projeter un film tourné 30 ans plus tôt et devenu culte, Salvador décide de se réconcilier avec son comédien principal (Asier Etxeandia), à qui il n'avait plus reparlé. C'est comme ouvrir la boîte de Pandore...

Enfin la Palme d'or?

Film bilan, film tremplin, «Douleur et gloire» réunit des souvenirs, des retrouvailles, des adieux, des réconciliations, des deuils, des héritages et des dons, qui convergent tous vers un nouvel élan. Pas d'apitoiement, mais des décors et des costumes aux couleurs saturées, de la lumière, de l'énergie. Passé cet âge où l'on fonce tête baissée, où l'on expérimente pour mieux se construire des souvenirs sur un terreau quasiment vierge, Almodovar, par l'intermédiaire du personnage de Salvador, chante, avec nostalgie et apaisement, ce moment charnière où l'artiste commence à transformer les souvenirs en ferment pour s'inventer de nouveaux souvenirs, encore et encore. Le premier est «Douleur et gloire». Et il est profondément émouvant.

Avec ce long métrage projeté vendredi 17 mai 2019 à Cannes, le réalisateur espagnol place la barre très haut pour tous les films qui vont lui succéder pour tenter de lui contester la Palme d'or. Ce serait sa première...