«Le cas Richard Jewell»

18 février 2020 20:20; Act: 18.02.2020 20:20 Print

Sauveur de vies, il devient le suspect No 1

par Marine Guillain - «Le cas Richard Jewell» revient sur une affaire d'attentat déjoué par un vigile. Un récit effarant, mis en scène par l'infatigable Eastwood.

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Lorsqu'un meurtre est signalé, la personne qui a découvert le corps est immédiatement suspecte. Quand un attentat à la bombe est déjoué... pareil! C'est ce qui est arrivé à Richard Jewell (Paul Walter Hauser) en 1996, lors d'un concert dans le Centennial Park en marge des JO d'Atlanta.

L'homme avait repéré un sac à dos louche caché sous un banc, lancé l'alerte et fait évacuer les lieux, sauvant plusieurs vies. Mais il a suffi que ce modeste vigile de 33 ans un peu naïf manifeste son désir de devenir policier pour que le FBI dresse le portrait d'un type solitaire rêvant d'être sous les feux des projecteurs. De héros national, Richard Jewell passait à suspect No 1.

Persécution, acharnement, maison envahie par les médias nuit et jour, nombre incalculable d'interrogatoires, objets confisqués pour analyse (jusqu'aux sous-vêtements de sa mère!): ce qu’a vécu Richard Jewell pendant 88 jours terrifie. Lui, sa mère (Kathy Bates) et son avocat (Sam Rockwell) –tous les acteurs sont très bons– se retrouvent emportés dans une spirale qui les dépasse.

C'est exactement ce qu'a voulu exposer au grand jour Clint Eastwood dans son 38e film. Avec poigne et véhémence, le cinéaste de 89 ans dénonce des ambitions carriéristes (une journaliste véreuse et un agent du FBI prêts à tout pour arriver à leurs fins) qui ont massacré la vie d'un homme bienveillant. Lui qui justement idolâtrait les forces de l'ordre. On voit là-dedans une forme d'autodestruction de l'Amérique. Car la prochaine fois que quelqu'un suspectera un attentat, agira-t-il?