«Roubaix, une lumière»

20 août 2019 17:28; Act: 20.08.2019 17:28 Print

Le commissaire qui lisait dans l'âme des suspects

par Catherine Magnin - À partir d'un fait divers sordide, Arnaud Desplechin signe avec «Roubaix, une lumière» un film qui déborde de son seul registre policier.

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Roubaix, la moitié de la population sous le seuil de pauvreté, les trois quarts du territoire classé zone urbaine sensible. Policier fraîchement diplômé, Louis (Antoine Reinartz) arrive dans cette ville sinistrée avec des aspirations de grandeur. Il met coeur et tripes à enquêter sur l'incendie d'un appartement, dont seules sont témoins les voisines, Marie (Sara Forestier) et Claude (Léa Seydoux), amantes alcooliques.

Mais il ne voit pas l'essentiel. Pas comme son supérieur, le commissaire Daoud (Roschdy Zem), solitaire au sourire bienveillant et un peu inconfortable qui lit dans les suspects comme dans des livres ouverts. Arnaqueurs, voleurs, fugueuses, tueuses... nul ne lui résiste. Il comprend vite ce qu'il s'est passé quand on découvre la vieille voisine de Marie et Claude étranglée…

S'ensuivent enquête, interrogatoires, reconstitution, aveux, scènes puissantes au cours desquelles Daoud le juste décortique la mécanique du crime sans accabler les coupables, qui sont aussi victimes. «Roubaix, une lumière», qui concourait pour la Palme d'or à Cannes, s'achève sur une forme de sérénité triste, d'espoir abîmé, d'humanité résignée, qui vous colle à la peau bien après la projection. Il doit beaucoup à un quatuor d'interprètes principaux hors pair, magnifiquement dirigé par Desplechin.