Festival de Locarno

09 août 2018 06:58; Act: 10.08.2018 08:14 Print

«C'est génial, ces femmes qui se libèrent»

par Marine Guillain, Locarno - Moue boudeuse, fraîcheur et naturel séducteur: nous avons rencontré Noée Abita au Festival du film de Locarno

L'interview de Noée Abita à Locarno
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Révélée l'an passé à Cannes avec le film «Ava», l'actrice française de 19 ans a mis les pieds en Suisse pour la première fois cette année, pour le Festival de Locarno. Elle a parlé nudité, MeToo et accent canadien.

«Genèse» est en compétition ici. Comme dans «Ava», vous avez joué des scènes dénudées. Facile? 

Jamais! Mais on apprend, comme pour n'importe quelle autre scène. Là, au lieu de dévoiler un sentiment, on dévoile un corps. C'est un instrument, il faut juste l'utiliser de la bonne manière. 

En tant que jeune actrice, comment avez-vous perçu le mouvement MeToo? 

On en a toutes beaucoup parlé, car c'était tellement énorme! Génial aussi, dans le sens où des femmes arrivent enfin à prendre la parole et à se libérer. C'est une chance pour moi et d'autres jeunes actrices: on se sent prévenues et soutenues. On a plus de force à assumer et à refuser ce qu'on veut refuser. 

Dans «Genèse», vous êtes la seule Française parmi des Canadiens. Ça a été avec leur accent?

On s'habitue vite. Je me souviens, lors du casting par Skype, je ne comprenais rien à ce que disait le comédien avec qui j'allais jouer. C'était stressant, c'était horrible!

Etes-vous plutôt timide ou expansive?

Enfant, j'étais bougonne, à parler à personne. Aller vers les gens et me faire des amis, c'était pas mon truc. Ça ne l'est toujours pas d’ailleurs...

Le temps des premières amours

Pas de générique, pas de titre: «Genèse» entre directement dans le vif du sujet. C'est-à-dire, dans un pensionnat pour garçons au Canada, où l'arrogant Guillaume (Théodore Pellerin) fait le pitre pour faire rire ses camarades de classe. Mais ses pensées et son coeur sont ailleurs... Dans une pièce transformée en labo photo, Maxime propose à sa copine Charlotte (Noée Abita) d'avoir une relation libre. La suite? Philippe Lesage capture des tranches de vie, filme et sublime ces amours adolescentes.

On évoque souvent Abdellatif Kechiche («La graine et le mulet», «La vie d'Adèle», «Mektoub My Love») pour parler de réalisme. Et bien Philippe Lesage n'a rien à lui envier. Il ne craint pas les longues scènes et montre la vie telle qu'elle est, avec un regard empli de sincérité. L'image travaillée, le montage brusque et la bande-son ensorcelante éveillent les sens. La troisième histoire (une fille et un garçon timide tombent amoureux dans un camp de vacances) est étrangement séparée des deux autres, comme s'il s'agissait d'un deuxième film. C'est surprenant, mais finalement ça matche.

Un extrait de «Genèse»:

La bande-annonce du film «Ava», de Léa Mystius (2017):