«Parasite»

19 juin 2019 06:14; Act: 19.06.2019 06:14 Print

Ne donnez pas aux pauvres le Bon Dieu sans confession

par Catherine Magnin - Un film ayant remporté la Palme d'or à Cannes peut être amusant, effrayant, bestial et bouleversant à la fois. La preuve avec «Parasite».

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Le long métrage du Sud-Coréen Bong Joon-ho met le spectateur sur des charbons ardents. D'un côté, la richesse de son scénario et de sa mise en scène donne une envie folle de discuter sur le vif de ses détails, retournements de situation, enjeux, subtilités. De l'autre côté, il fait sentir toute la cruauté qu'il y aurait à en dévoiler quoi que ce soit qui puisse gâcher le plaisir des futurs spectateurs.

Explosion imminente

N'en voici donc que l'amorce: un couple et leurs deux enfants, qui vivotent dans les bas-fonds d'une grande ville, trouvent le moyen d'infiltrer une famille de riches. La situation devient vite explosive. Le spectacle de ces cafards qui, pour survivre, s'infiltrent parfois là où on les attend le moins, entretient le suspense de la première à la dernière scène, avec des soubresauts tantôt violents, tantôt hilarants, toujours incroyablement justes et justifiés. Qui sont les gentils? les méchants? les méprisables? les victimes?

La réussite de «Parasite» tient aussi au fait qu'il est délectable quel que soit le niveau selon lequel on l'aborde. Comme un mille-feuilles salé-­sucré dont le croustillant, le crémant, le piment et le glacis seraient individuellement parfaits. Ce n'est pas parce qu'on ne perçoit pas un symbole ici, une métaphore là, une allusion politique ailleurs qu'on ne se régale pas de chaque séquence. Et leur superposition donne une ampleur magistrale à cet «opéra-baffe».