«Portrait de la jeune fille en feu»

17 septembre 2019 19:55; Act: 17.09.2019 19:55 Print

Sensuel comme la caresse du pinceau sur la toile

par Catherine Magnin - «Portrait de la jeune fille en feu» est reparti du dernier Festival de Cannes avec le prix du scénario. Seulement? serait-on tenté de dire.

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Quelque part sur la côte bretonne, à la fin du XVIIIe siècle. Marianne (Noémie Merlant) arrive seule, ses toiles et ses couleurs sous le bras. Cette femme indépendante a été engagée par la mère d'Héloïse (Adèle Haenel) pour faire le portrait de cette dernière, pour son futur mari. Mais Héloïse ne veut pas. Ni du mariage, ni du portrait. Marianne se fait alors passer pour dame de compagnie afin de remplir son mandat à l'insu de son modèle. Commence un jeu de regards où s'immisce bientôt le désir...

«Portrait de la jeune fille en feu», c'est un magnifique duo d'actrices: Adèle Haenel, la combattante de «120 battements par minute», surprenante face à Jean Dujardin dans «Le daim». Et Noémie Merlant, radicalisée dans «Le ciel attendra», courtisée, dans «Le retour du héros», par... Jean Dujardin! Surtout, c'est la caméra de Céline Sciamma qui transpire le désir brimé par des conventions sociales qui semblent même empêcher la mise en scène de s'emballer.

Habilement, la réalisatrice construit des plans carrés et sages comme le cadre d'un tableau, dans lequel elle saisit la passion impossible, comme la peintre sa muse: par esquisse, tâtonnements, détails, ratures… Les corps se frôlent, les tissus parlent, la passion danse jusqu'à la fin, portrait vibrant d'Héloïse emportée par le tempétueux «Été» de Vivaldi, qui vous troue le coeur. La jeune fille de Sciamma n'a pas mis le feu qu'à la toile.