«Moonrise kingdom»

16 mai 2012 15:04; Act: 16.05.2012 15:55 Print

Wes Anderson prend la clé des champs

par Fred Ferrari - La nouvelle fantaisie mise en scène par Wes Anderson fait l'ouverture du Festival de Cannes. Voilà de quoi mettre la Croisette de bonne humeur.

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L'histoire que raconte «Moonrise Kingdom» est plutôt tendre: Sam et Suzy, 12 ans, ont décidé de mettre à exécution leur promesse de l'été précédent: fuguer ensemble. Le scout aux allures de Davy Crockett et la petite fille aux moues d'Hermione Granger s'enfuient donc, qui de son camp d'entraînement, qui de sa famille, pour traverser l'île de Nouvelle-Angleterre où ils habitent. Leur disparition va mettre toute l'île sens dessus dessous. A commencer par le camp des scouts, mené à la baguette par un Edward Norton dépassé par sa mission. Et la famille de Suzy, qui n'a rien à envier à la normalité un tantinet caricaturale d'un tableau de Norman Rockwell. Et puis la police, en la personne de Bruce Willis, décidément à l'aise quand il n'a pas à sauver le monde...

1965, année sympathique

Sous la patte de Wes Anderson, les ingrédients se télescopent. La première séquence explore la maison de Suzy comme s'il s'agissait d'une maison de poupées... reproduite sur un des tableaux accrochés aux murs. Pourtant, c'est à l'extérieur qu'aura lieu la plus grande partie de l'action, dans une nature que des enfants plus adultes que les adultes maîtrisent mieux que ces derniers. Les moindres détails d'un décor surchargé de bibelots pointent sur l'année 1965, tel «Le temps de l'amour chanté» par Françoise Hardy, et pourtant aucun des précédents films de Wes Anderson n'avait été aussi atemporel. La présence de Bill Murray, qui semble faire partie des meubles, participe encore à ce sentiment de familiarité, que viennent perturber des électrons libres comme Bruce Willis ou Edward Norton.

Leçon de musique

Au final, tous ces ingrédients, réunis par un humour décalé qui ne fait aucune concession à ceux qui y sont allergiques, finissent par former un ensemble cohérent beaucoup plus complexe que ce que ses airs de comédie enfantine d'une nuit d'été pourraient laisser supposer. D'ailleurs, le film s'achève sur une leçon de musique absolument lumineuse, le décorticage instrument par instrument de la partition composée par Alexandre Desplat. Un procédé qu'on pourrait appliquer à tout le film. Et qui peut bien servir comme prétexte pour voir une seconde fois cet exercice de style à la fois sophistiqué et sympathique.