CONCERT + INTERVIEW

22 novembre 2010 18:27; Act: 23.11.2010 21:21 Print

«Non, on ne reformera pas Lunatic»

par Fabrice Aubert - Le nouvel album de Booba sera dans les bacs le vendredi 26 novembre 2010. Le rappeur français le présentera la veille à l’Amnesia de Lausanne. Il nous en parle.

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«Lunatic», le nouvel album de Booba, sort le 26 novembre 2010 en Suisse.

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Votre album s’appelle «Lunatic», comme votre ancien groupe. Pourquoi?
Pour remettre ce nom au goût du jour parce qu’il me tient à cœur. Beaucoup de fans connaissent le groupe mais pas forcément les plus jeunes. C’est grâce à Lunatic que je suis là aujourd’hui. Et c’est aussi tout un état d’esprit lié à l’indépendance pour combattre le système en place et faire les choses nous-mêmes. Puisque pour mon nouvel album je suis revenu en indé.

Vous êtes revenu en indépendant par choix ou par obligation?
Un choix professionnel. Je pense que j’ai assez d’expérience pour fonctionner comme une maison de disques établie.

Sur le morceau «Lunatic», vous dites «Lunatic depuis la naissance/Ali tu as toute ma reconnaissance». Une façon de dire aux gens que vous êtes toujours en bon termes avec Ali, votre ex-compère au sein du groupe Lunatic?
Oui, c’est une façon de rendre hommage à mon premier groupe.

Mais une reformation est elle envisageable?
Non, pas du tout.

Vous commencez le premier extrait de cet album, «Caesar Palace», par dire «Fuck la France»…
Je ne dis pas seulement «Fuck la France» mais aussi «Fuck Domenech». C’est pour dénoncer l’état d’esprit de la France, conservateur qui a peur du changement et qui a laissé Domenech amener l’équipe de France à sa perte.

Vous vivez à Miami…
Et en France. Je partage mon temps entre les deux.

Pourquoi être allé vivre à Miami?
Je vais régulièrement aux Etats-Unis depuis longtemps donc là j’y passe simplement plus de temps. Mais il n’y a pas de raison particulière, si ça se trouve demain je vais au Brésil.

Vivre aux Etats-Unis facilite les contacts avec les artistes américains comme Akon, T-Pain ou P.Diddy qui sont invités sur votre album?
C’est clair que la proximité aide. Ces mecs passent plus souvent par Miami que par Paris, donc je les croise souvent.

«Ma couleur» parle de racisme. Vous en avez été victime?
Oui, bien sûr, comme beaucoup de gens en France. Discrimination à l’embauche, problèmes pour trouver un logement, par rapport à la police.

Et encore aujourd’hui?
Moi moins, mais cela arrive encore. Tant qu’on pourra voter pour un parti facho en France il y aura un problème. Même aux Etats-Unis où il y a eu beaucoup de problèmes avec le racisme ou l’esclavage, ils n’ont pas un parti comme le Front National pour lequel tu peux voter.

Vous ne voudriez pas vous engager en politique?
Non pas du tout. Enfin je ne pense pas. On sait jamais. Mais ça m’étonnerais, je ne me vois pas à l’Assemblée (rires).

Sur le web, des internautes estiment que l’instru de «Jour de paye» reprend celui de «Blow Money Fast» de Rick Ross. Qu’en pensez-vous?
Je ne trouve pas. C’est dans la tendance des sons d’aujourd’hui mais ce n’est pas une copie de «BMF».

Rick Ross: «Blow Money Fast»

Booba: «Jour de paye»

Dans «Abracadabra» vous dites «Tu connais rien au son comme Fred de Sky(rock)». Pourquoi cette attaque?
Je trouve qu’il n’est pas à sa place. Il n’a pas la culture rap que je peux avoir ou que quelqu’un comme Jacky des Neg’Marrons ou Cut Killer ont. Ce sont des gens comme ça qui devraient être à sa place. La radio Skyrock se dit première sur le rap mais n’a pas de DJ et a un animateur que personne ne connait dans le milieu hip-hop. Son émission «Planète Rap» c’est la foire à la saucisse. Il invite tout et n’importe quoi. Que ce soit des parodies de rap, du très mauvais rap ou du très mauvais r’n’b.

Mais vous étiez allé dans «Planète Rap»…
Oui, j’y suis allé, j’ai vu et j’ai appris. Je n’y mettrai plus les pieds. Je ne veux pas cautionner un système qui ne me ressemble pas. Mais je n’ai aucun problème à aller sur Générations, par exemple. Au moins en face de moi j’ai des DJ et des mecs qui connaissent la musique.

Votre album est en écoute intégrale sur Youtube depuis plusieurs jours. Comme vous situez-vous par rapport aux conséquences d’internet sur la vie d’un artiste?
Chaque artiste a son album en avance sur internet. Ça porte préjudice mais c’est la vie. Je ne peux pas combattre internet.

Le jeudi 25 novembre 2010 vous serez à l’Amnésia pour un concert…
Un showcase de 30 minutes. Je serai avec mon DJ Medi Med et mes acolytes du 92I.

Vous êtes un habitué de la Suisse. Que pensez-vous du public?
Ils sont très hip-hop et très au courant de ce qui se fait. Toujours à la pointe. Et ils écoutent aussi beaucoup de rap américain, ils ne sont pas fermés.

Vous imagineriez venir une fois vivre en Suisse, comme d’autres Français?
Je ne sais pas, je n’y ai pas pensé. Ah oui, il y a du bon chocolat aussi. (rires)