Objectif F1

24 mai 2019 06:53; Act: 24.05.2019 06:53 Print

«Tu commets une erreur ici et tu rentres à pied»

par Oliver Dufour - Louis Delétraz disputera vendredi et samedi deux courses de Formule 2 sur le mythique circuit de Monaco. Interview.

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Louis Delétraz aura de la circulation entre lui et les places sur le podium, à Moncaco. (photo: Twitter @LouisDeletraz)

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Pour la quatrième des douze étapes de la saison, le championnat de Formule 2 fait halte ce week-end à Monte-Carlo, en même temps que la discipline reine de la F1. Après les essais libres et les qualifications de jeudi, les pilotes disputeront vendredi et samedi après-midi deux courses sur le mythique tracé urbain. Parmi eux le Valaisan Ralph Boschung (21 ans) et le Genevois Louis Delétraz (22). Ce dernier, qui a a réalisé le 10e temps des qualifications, a profité d’une accalmie passagère au cours de sa préparation pour partager ses sensations avec les lecteurs de «20 minutes».

Que pouvez-vous nous dire à propos des épreuves de Monaco?
C’est toujours assez spécial d’être ici. C’est un endroit mythique avec une atmosphère particulière. C’est une course top, historique, qui a généralement été remportée par des grands noms. Des champions du monde. C’est un lieu qui peut donner lieu à des courses folles. Ou pas!

Qu’est-ce qui rend l’endroit si spécial par rapport à d’autres circuits légendaires qui sont fixes?
Le fait qu’on roule en ville, évidemment. Et ce n’est pas une ville moderne et quadrillée comme à Bakou, en Azerbaïdjan, où c’est quand même assez aéré. Ici c’est étroit, on se faufile entre les bâtiments, les rails de sécurité, les ronds-points, la mer et le port. C’est aussi le seul endroit où on passe dans un tunnel. C’est bizarre pour les yeux. On passe du jour à la nuit et à la sortie on se tape un gros freinage alors qu’on roule à 250km/h!

Le fait que vous ayez obtenu l’an dernier sur ce même tracé une quatrième et deuxième places peut-il vous donner un petit avantage, ou est-ce que le circuit change trop d’une année à l’autre?
Au niveau de la confiance, c’est certain. J’ai réussi ces bons résultats et je sais que je peux les refaire. Les souvenirs de l’an dernier sont magiques. En plus c’est la course la plus proche de la maison, donc il y aura beaucoup de gens de ma famille et d'amis qui seront là pour m’encourager, ça fait du bien. C’est vrai que le circuit évolue. Je suis arrivé lundi et je l’ai vu prendre forme petit à petit, certaines terrasses être fermées pour la pose des rails… Ce circuit, c’est comme pour les routes dans votre ville ou village. Comme elles sont utilisées par tout un chacun, il y a tout le temps de nouveaux trous, de nouvelles bosses. Et parfois il faut refaire le revêtement.

Vous trouvez directement vos repères lors des premiers essais libres?
C’est spécial, parce que partout ailleurs durant la saison vous pouvez attaquer plus ou moins à fond dès les premiers tours. Si vous sortez de route, vous aurez raté votre tour et vous recommencerez au suivant. Si vous partez à la faute à Monaco, vous rentrez à pied. Il n’y a aucun droit à l’erreur. On passe parfois à quelques millimètres des rails. Donc on doit se montrer plus prudent avant de se mettre à foncer. Il y a un autre respect. En plus, on a parfois pris telle ou telle boutique comme repère pour un freinage l'année dernière et depuis elle a fait faillite. Donc il faut trouver d’autres points!

A quel genre de courses vous attendez-vous?
En général elles me conviennent bien, parce qu’elles sont longues ici. Elles durent environ une heure, avec beaucoup de tours (ndlr: 42 tours pour 140km et 30 tours pour 100km pour les deux épreuves). Ça favorise les pilotes plus solides, qui tiennent la distance.

Après deux week-ends sans point à Bakou et Barcelone, vous aurez certainement envie de rejouer les premiers rôles…
C’est sûr. Nous avons été malchanceux avec l’équipe Carling et ces courses ne sont pas trop représentatives de ce que nous valons, donc je ne suis pas inquiet. A Bakou j’avais été victime d’un problème électronique dans une course et d’une collision dont je n’étais pas responsable dans l’autre. Et à Barcelone ce sont des boîtiers électroniques cassés qui nous ont handicapés. Ce sont des pièces standard pour toutes les F2 et les nôtres étaient simplement défectueuses. Mon coéquipier a même pris feu le premier jour. On a connu 45 minutes de malheur qui nous ont bousillé tout le week-end, parce qu’on a pris un jour de retard sur tout le monde dans la préparation. Avec le niveau très élevé et en partant de loin sur la grille, on avait peu de chances… Mais on a toujours été rapides, donc on peut viser mieux.

En cas de podium, vous auriez droit à une remise de trophée des mains du prince Albert II?
Non, je crois qu’il ne le fait que pour la Formule 1. Mais il suit la course. L’an dernier c’était un ministre qui nous avait donné les coupes, sauf erreur. Par contre j’ai joué au football contre le prince, mardi. C’était un match de gala pour la bonne cause qui opposait son équipe d’anciens footballeurs à notre équipe de pilotes, où on trouvait notamment Charles Leclerc, Pierre Gasly, Felipe Massa, Carlos Sainz, Sergio Perez ou Riccardo Patrese et Mick Schumacher.

Et qui a gagné?
J’avais un dîner, donc j’ai dû m’en aller avant la fin et j’avoue n’avoir pas encore pris connaissance du score final! Mais il y avait 2-2 quand je suis parti (ndlr: le match s’est terminé à 3-2 en faveur de l’équipe Star Team For Children, dont le prince de Monaco était le capitaine).

Une dernière question sur l’actualité récente. Que représentait pour vous Niki Lauda, décédé en début de semaine?
Je ne l’avais rencontré qu’une seule fois et brièvement, mais j’ai grandi en prenant connaissance de son histoire, en le découvrant à travers des films. C’est triste de perdre une personne comme ça. Sa vie a été un exemple. Il a montré ce que c’était de ne jamais rien lâcher. Il a marqué notre sport et réussi une carrière que voudrait avoir tout jeune pilote. Trois fois champion du monde à cet époque de guerriers, où ils étaient à peine attachés dans la voiture, ave des châssis en aluminium, c’est quelque chose. Leurs airbags c’étaient leurs jambes! Il faut rappeler que leur vécu a permis à la course automobile d’évoluer pour devenir aussi sure qu’elle l’est aujourd’hui. C'est quelqu'un dont il faudra se souvenir.


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