Réformes

05 janvier 2016 15:11; Act: 05.01.2016 15:19 Print

Antidopage Suisse sans concessions envers les Fédérations

Antidopage Suisse suspend sa collaboration avec l'IAAF, tant que cette dernière ne lui apparaît pas comme un partenaire absolument fiable dans le combat contre le dopage.

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Photo d'illustration. (Photo: Keystone)

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«Nous voulons avoir la garantie que les informations délicates que nous transmettons, comme les données sur le passeport sanguin, sont traitées avec soin», explique le directeur d'Antidopage Suisse Matthias Kamber dans une interview à la Basler Zeitung.

Antidopage Suisse, l'instance chargée des contrôles en Suisse, est une fondation soutenue par la Confédération. Elle a surpris le petit monde de l'athlétisme en annonçant le 30 décembre qu'elle suspendait sa coopération avec la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF), soupçonnée de louvoyer ou d'avoir louvoyé dans la lutte contre le dopage, comme l'ont montré les récentes inculpations pour corruption passive, notamment, de l'ancien président de l'IAAF Lamine Diack et de l'ex-responsable de la lutte antidopage à l'IAAF, Gabriel Dollé. Ces derniers auraient fermé les yeux sur des cas de dopage en Russie contre de l'argent.

Matthias Kamber relève que son instance a contacté la Fédération internationale d'athlétisme il y a un an déjà, après les révélations de la chaîne allemande ARD montrant les pratiques de dopage généralisé en Russie. Antidopage Suisse avait demandé à être informée au cas où des athlètes suisses pourraient être concernés. L'IAAF s'est sentie «offensée» par cette prise de contact, déclare Matthias Kamber. «On nous a dit que nous ne devions pas nous mêler (de ces affaires).»

Fédérations ambiguës à dessein

Aux yeux du patron d'Antidopage Suisse, un des grands problèmes, d'une façon générale, est que que de nombreuses fédérations internationales sont dans l'ambiguïté et «ne souhaitent pas des contrôles efficaces». Elles mandatent souvent des agences privées pour mener les contrôles. «Avec des résultats douteux, car ces organismes n'obéissent pas à des règles aussi strictes que nous», estime Matthias Kamber.

Il cite l'exemple de la Fédération internationale de ski (FIS), qui a chargé une instance privée d'effectuer des contrôles d'avant-saison en Suisse cet automne. «Il y a rapidement eu des réclamations, car ces contrôles ont été mal faits. Les athlètes se sont sentis importunés, et cela donne une mauvaise image de l'ensemble du système. Cela rejaillit aussi sur nous», déplore le patron d'Antidopage Suisse.

«Pourquoi n'avons-nous pas été mandatés nous-mêmes pour ces contrôles?», demande-il encore. «Parce que les privés sont moins chers. Mais ce sont des économies faites au mauvais endroit», répond-il.

Regroupement d'agences

Matthias Kamber plaide pour que la responsabilité des contrôles soit retirée des fédérations internationales. Il propose à la place un regroupement d'agences reconnues internationalement, qui agiraient indépendamment des fédérations.

Matthias Kamber estime cependant que la lutte antidopage «est beaucoup plus avancée qu'il y a trois décennies». Mais pour progresser encore dans la lutte contre le fléau, il appelle de ses voeux un engagement plus affirmé de la part des athlètes eux-mêmes: «Je souhaite que les sportifs disent plus souvent, dans leurs interviews, qu'ils sont régulièrement contrôlés et qu'ils sont contents de l'être.»

(nxp/ats)