Voile

19 septembre 2019 06:12; Act: 19.09.2019 10:35 Print

Il en faut peu pour voir décoller le nouveau TF35

par Oliver Dufour, Genève - Conçu pour «remplacer» dès le printemps prochain les vénérables catamarans D35, ce foiler a effectué des tests sur le Léman. «20 minutes» y était.

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La semaine dernière s'est terminée à Genève la deuxième série d'essais sur l'eau pour le TF35. Derrière ces initiales sorties d'une oeuvre de science-fiction se cache l'abréviation de T-Foiler 35, à savoir un bateau avec une coque longue de 35 pieds (un peu plus de 10m) munie de «foils», ces fines ailes rigides permettant à la coque de s'élever au-dessus de l'eau et de gagner de la vitesse en «volant». Des appendices qui, dans ce cas précis, prennent une forme en T inversé.

«C'est un bateau qui a été conçu pour voler tôt», clament en chœur Jérôme Clerc et Denis Girardet, respectivement barreur et équipier de Realteam Sailing. L'équipage lémanique a été choisi - avec celui d’Alinghi - pour mener, en vertu de leur expérience déjà avancée de la navigation sur foils, les essais sur l'eau du «numéro 0» de cette embarcation appelée à remplacer en série les D35, partis vivre de nouvelles aventures sur le lac Balaton, en Hongrie. Ces vénérables catamarans ont régné presque sans partage sur les grandes régates lémaniques, comme le Bol d'or, au cours des 15 dernières années. Mais l'avenir est au «foiling» et appelait à concevoir de nouvelles bêtes de course, cette fois volantes.

«La spécificité du TF35, c'est qu'il ne lui faut que très peu de vent pour décoller», insiste Denis Girardet, qui en a évalué les premières performances avec son team durant deux semaines. Et qui profite des dernières heures à disposition pour mener encore des essais dans des airs particulièrement faibles. «On a vu que dès qu'on atteint les 12 ou 13 nœuds en vitesse (ndlr: 22-24 km/h), on s'élève au-dessus de l'eau. C'est très prometteur. Même si le TF35 ira vite lorsqu'il sera prêt, il ne fera pas partie des foilers les plus rapides du monde, puisqu'il a été conçu pour être performant par très petit temps aussi.» Un exploit rendu possible par la forme spéciale de ces fameux foils en T.

Un ordinateur gère l'équilibre

Une fois en l'air, le bateau voit également son assiette stabilisée par un révolutionnaire logiciel d'aide au pilotage. «Jusqu'ici, sur les autres bateaux de ce genre, un seul équipier était appelé à tenir ce rôle rébarbatif de régleur d'équilibre des foils, rappelle Jérôme Clerc. On s'est dit que si un ordinateur pouvait le faire à sa place, on aurait beaucoup à y gagner. Les avions le font déjà, il est temps que les bateaux s'y mettent! Il suffit que l'équipage sélectionne la hauteur de vol souhaitée via les consoles encastrées à bord, entre quelques données et la machine fait le reste», se marre le vainqueur du Bol d'or 2012.

Lors de leurs sorties sur le lac, les navigateurs ont multiplié les manœuvres en tous genres et tenté de pousser cette torpille aux voiles noires jusqu'à la limite. L'objectif étant de récolter un maximum d'informations permettant d'optimiser son utilisation. Et le temps presse, puisque six autres TF35 sont actuellement en construction dans un chantier naval breton. «On leur envoie instantanément les choses qu'on remarque, indique Jeff Kerleguer, préparateur technique de Realteam. L'idée est qu'ils puissent apporter les modifications demandées en cours de route.» D'ici le printemps prochain, moment prévu pour le coup d'envoi de ce nouveau championnat lémanique, il faudra que tout soit prêt et que les autres équipes participantes puissent avoir pris en main la bête et fait leurs propres essais.

Retour en Bretagne, puis essais en Espagne

A l'aide d'une tablette reliée par wifi aux ordinateurs du bateau, le Français récolte en même temps une quantité de données de performance. A bord de son canot pneumatique semi-rigide, il scrute aussi la moindre défaillance, comme cette drisse - la corde servant à hisser la voile avant - qui n'arrête pas de céder lorsque la tension augmente. «Heureusement, on a plein de temps pour régler tous ces petits problèmes», ironise Kerleguer, qui sait que le bateau sera réexpédié le surlendemain en Bretagne pour une première révision, avant de s'envoler pour de nouveaux galops d'essai en Espagne, où la météo sera plus clémente cet automne que sur le Léman.

En attendant, le préparateur distille ses derniers conseils aux troupes à bord du voilier. «En ce moment, le logiciel a encore un peu de peine à maintenir la même stabilité durant les manœuvres, souligne-t-il. Mais le but est que nous puissions virer de bord et empanner sans trop perdre de vitesse et ainsi nous maintenir en l'air aussi pendant ces changements de direction.» Rendez-vous donc en mars 2020, pour assister aux toutes premières régates en flotte de TF35!

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