VTT

17 août 2018 22:59; Act: 17.08.2018 23:00 Print

«Le Grand Raid est un doux supplice»

par Stéphane Combe, Sion - Quintuple vainqueur de l'épreuve et seul homme à avoir franchi la barre des six heures, l'Argovien Urs Huber (33 ans) décrypte le monument du VTT. Interview tout en «grandeur» avant le départ prévu samedi matin.

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Urs Huber au Pas de Lona: c'était en 2016, l'année de son record. (Photo: Keystone)

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Urs Huber, pourquoi le Grand Raid est-il la plus grande course de VTT au monde?

Parce que le parcours est unique, à deux niveaux. D'un côté, le cadre et le paysage sont magnifiques, de Verbier à Grimentz. De l'autre, on ne rencontre aucun autre parcours aussi technique et exigeant. Dans le final, le Pas de Lona est le plus grand moment de toute l'année en matière de longue distance. A lui seul, il explique pourquoi le Grand Raid est la plus grande course de VTT. Et il te fait comprendre ce que signifie le mot souffrance.

Est-ce aussi à cause de sa plus grande longueur (125km)?

C'est surtout le dénivelé qui compte au moment de calculer l'effort. Mais, oui, le fait de rouler plus de six heures à cette intensité, c'est long. Très long!

Les qualités techniques requises sont-elles plus grandes que sur d'autres courses de longue distance?

La difficulté augmente au fil des kilomètres, ce qui en fait aussi un défi avec l'accumulation de la fatigue. Au début, le terrain est relativement facile, puis ça se complique clairement. Dans les montées aussi. Avant l'apothéose de la descente finale où tu peux tout perdre. Car la lucidité s'en va rapidement, même chez ceux qui roulent devant.

La Suisse brille en VTT depuis toujours. Peut-on dire qu'il s'agit de la plus grande nation dans cette discipline?

C'est une question difficile, mais je pense que oui. Si l'on regarde les résultats internationaux, c'est le cas. C'est probablement en lien avec le nombre de courses que l'on peut disputer en Suisse. Le terrain est varié et complexe. Il permet de se mesurer à ce qui se fait de plus costaud au niveau mondial. Et rien que chez nous, nous devons affronter une concurrence de taille. Autrement dit, si l'on roule devant au niveau suisse, on sait que ce sera le cas au niveau mondial.

Faut-il être grand pour gagner à VTT?

Pas forcément grand. Plutôt un cycliste plein de «boost», capable de pédaler en force et souplesse durant des heures. Personnellement, je mesure 1m84, et ce n'est pas forcément un avantage. Car ça me rend plus lourd aussi. Si j'étais encore plus grand, ce serait presque trop pour gagner sur de longues distances.

Les spectateurs du Grand Raid sont-ils les plus grands fans de VTT?

Absolument, je ne rencontre jamais d'aussi bons connaisseurs. Sur le parcours, ils ont un respect extrême pour nous. Ils connaissent le parcours et comprennent par où l'on passe. L'effort qui nous est demandé, en six heures, est presque surhumain. Le Grand Raid, c'est un doux supplice. Et cela, les gens le comprennent bien ici.

Vous avez gagné cinq fois le Grand Raid, quelle a été la plus grande de ces victoires?

Elles sont toutes spéciales. La première fois, je réalisais un rêve. La deuxième, en 2011, était plus une surprise. S'il faut vraiment trouver la plus grande, c'est sûrement 2016, avec le record du parcours. Car personne n'avait réussi un temps sous les six heures (ndlr: 5h58'01'') avant moi.

Votre plus grand adversaire?

Christoph Sauser, clairement. Il a tellement gagné dans ce sport, et j'ai réussi à le battre deux fois, en 2013 et 2014. Alors que c'était déjà une légende de la discipline.

Quand avez-vous ressenti votre plus grande souffrance au Grand Raid?

L'an passé, lorsque j'ai dû abandonner sur blessure. Je me suis fracturé la clavicule alors que je roulais en tête. Je me sentais très bien et je suis tombé dans la descente vers Evolène. J'ai ressenti à la fois la douleur et la déception, deux sensations terribles, et je ne savais pas laquelle était la pire.

Le Grand Raid offre-t-il le plus grand prize-money parmi les courses marathon?

Non, malheureusement non. Le prize-money n'est pas mal, mais il y a des courses qui rapportent plus, par exemple en Autriche alors qu'on y souffre moins (rires)! Mais la fierté d'y gagner n'a pas de prix.

Quelle a été votre plus grande peur sur le parcours Verbier – Grimentz?

En 2014, dans la descente finale. J'étais juste devant Sauser dans la dernière descente. J'étais presque paralysé par la peur d'avoir un problème mécanique ou de glisser. J'ai fini avec seulement sept secondes d'avance.

Pourquoi la réputation du Pas de Lona est-elle si grande?

Pour plein de raisons. D'abord, il faut pousser son vélo, ce qui le rend spécial. Et surtout, on y arrive après 5 heures de course déjà, voire plus. D'habitude, après cinq heures de course, on a déjà franchi la ligne d'arrivée sur les autres courses! Et là, on doit grimper le Pas de Lona à pied. C'est épuisant. Sans compter l'altitude: il n'y a plus d'air à 2800 m. Mentalement, c'est donc difficile. Il faut être bien préparé dans la tête pour aller au bout de ces deux dernières heures.

A quoi pense-t-on durant ces moments-là?

On s'imagine juste à l'arrivée. Uniquement ça. Car si tu penses à tes muscles, c'est affreux. Les jambes font mal, elles sont fatiguées, sans énergie. On doit aussi faire attention à ne pas avoir de crampes. Pour le reste, la motivation doit venir de la tête.

Quelle a été la plus grande tristesse pour vous cette année, quand vous avez su que vous ne pourriez pas participer sur blessure?

La plus grande tristesse, c'est celle de ne pas voir l'arrivée. Ce qui reste le plus beau moment de cette course. D'autant plus avec ce que représente cette course pour moi.

Voilà donc une grande motivation pour l'année prochaine

Absolument! Je serai là, c'est promis.

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Les commentaires les plus populaires

  • Christophe A. le 17.08.2018 23:10 Report dénoncer ce commentaire

    Pureté du sport

    Bravo a ces grands champions quasi-anonymes !

  • Gnark Gnark le 17.08.2018 23:48 Report dénoncer ce commentaire

    Le Grand Raid, un Grand Rêve Lointain...

    Le VTT en Suisse, c'est comme le surf à Hawaii, quasi mystique!

  • Pédaleforte le 18.08.2018 06:30 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Poésie

    Les masos au pays des mazots....

Les derniers commentaires

  • VR46 le 18.08.2018 12:16 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    direct

    Dommage, pas de diffusion live cette année... Pourtant cette course est mythique au même point que la PDG !

    • Jean Naimarre le 19.08.2018 11:40 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @VR46

      La RTS nous abreuve de foot et de hockey alors que bien dautres disciplines sportives existent chez nous. Vivement que le foot et le hockey soit accaparés par des chaînes privées et payantes comme cela la RTS sera bien obligée de diffuser dautres sports

    • Jean-Youri le 19.08.2018 15:23 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Jean Naimarre

      De hockey??? Je ne dois pas avoir la même rts alors...

  • Fred le 18.08.2018 12:12 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Vtt

    Je t ai vu me dépasser au pas de Lona Urs.. une vrai fuse !!! Bravo à lannée prochaine

  • Gérald S. le 18.08.2018 10:32 Report dénoncer ce commentaire

    Mouais

    Beau message publicitaire déguisé en interview! Alors oui ça reste une course mythique, dans des paysages somptueux et un sacré défi physique ça je le remets pas en question. Mais franchement de la à parler de parcours technique??? Quelques pauvres singles disséminés sur plus de 120km de parcours.... des montées et descentes techniques? Il sortait de l'apéro l'ami Urs? A part l'énorme défi physique ce n'est pour moi plus une course de VTT depuis bien longtemps.... Et le passage oh on serait soi disant LA nation du vtt... ils sont ou nos champions en DH? en enduro? Il n'y a pas que le XC en VTT

    • Le Gros Blaise le 18.08.2018 17:38 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Gérald S.

      C'est quoi pour toi une course de VTT? Trois petits tours dans les bois de Sauvablin?

    • Jean Naimnare le 19.08.2018 11:52 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Gérald S.

      Très bonne synthèse. Dautres courses sont beaucoup plus techniques Coire plus difficile, exemple la MB Ultra à Megève. 140 km et 7000 m D+. Des montées raides et longues beaucoup moins roulantes quen Valais. Dailleurs, Urs Huber a gagné 2x Megève et il était vraiment fatigué à larrivée

    • velar le 20.08.2018 13:16 Report dénoncer ce commentaire

      Mito!

      Commentaire rempli de jalousie, bref.. reste à Megève !! Il faudrait que tu le fasses une fois !

  • Gerard Mensoif le 18.08.2018 09:00 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    suceurs de gourde

    Pour moi, un bon cycliste........c'est un cycliste qui fais du vélo d'appartement, c'est toujours un de moins sur la route

  • la femme de petit mou le 18.08.2018 06:59 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Le grand raide

    Le petit mou c'est pas terrible