Cyclisme

24 août 2019 12:56; Act: 24.08.2019 13:34 Print

Dopage: en Colombie, les langues se délient

L'AFP a publié un reportage au pays des «scarabées», où plusieurs sources dénoncent les pratiques courantes.

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La Colombie, terre du vainqueur du Tour de France 2019, Egan Bernal. (Photo: AFP)

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Berceau des «scarabées», le surnom de ses grimpeurs, le cyclisme colombien, porté aux nues avec Egan Bernal, premier Latino-américain à remporter le Tour de France, se débat avec la réalité du dopage. L'Union cycliste internationale (UCI) classe en effet la Colombie au 2e rang des pays comptant le plus de coureurs suspendus ou sanctionnés pour dopage (20, soit seulement un de moins que le Costa Rica).

L'AFP a recueilli les témoignages d'une médecin, qui a travaillé avec ces sportifs, ainsi que d'un coureur à la retraite, d'un préparateur physique et d'un journaliste qui a enquêté sur le sujet. Tous coïncident sur le fait que le dopage est omniprésent, et presque inévitable pour être compétitif au niveau local.

Le scandale a miné cette année Manzana Postobon, unique équipe colombienne professionnelle (continental Pro), dissoute par son propriétaire en mai. L'onde de choc s'est propagée alors que Bernal montait sur la plus haute marche du podium et que les «scarabées» (Quintana, Lopez, Uran, Chaves...) nourrissent de grands espoirs sur les routes du Tour d'Espagne qui s'élance samedi.

Langage codé

Il existe un mot très connu du peloton colombien, mais tabou: «la pichicata», qui en langage populaire désigne une substance narcotique. Les cyclistes se réfèrent ainsi au dopage, précise sous couvert d'anonymat un ancien coureur au sein d'équipes professionnelles sur route. Pendant les compétitions, raconte-t-il, il a souvent vu sur le sol des emballages de substances dopantes: «C'était frustrant car je sentais que la course n'avait même pas débuté, mais que j'avais déjà perdu». Dégoûté, il s'est retiré au bout de deux ans, en 2010.

L'AFP a vérifié l'existence d'une page web qui, via les réseaux sociaux, vend des substances interdites par l'UCI et l'Agence mondiale anti-dopage (AMA), mais considérées comme légales en Colombie. Selon l'ancien cycliste, «personne ne va traiter l'autre de tricheur (...) tous savent que ça peut leur arriver à n'importe quel moment».

Dissimulation

Une médecin, qui a travaillé avec une équipe colombienne entre la fin des années 1980 et le milieu des années 1990, est catégorique: «Le doping a toujours existé dans le cyclisme colombien» et la fédération nationale s'est chargée de «le dissimuler». Cette spécialiste, qui requiert l'anonymat car elle s'occupe encore d'athlètes, affirme avoir affronté entraîneurs et sportifs. Elle mettait ces derniers en garde: «Quand vous vous retirerez, vous allez subir les conséquences de votre dopage qui peut provoquer cancer, atrophie des testicules, stérilité.»

La pratique persiste, selon un préparateur physique de coureurs professionnels. «Il y a de nombreux cas de cyclistes dopés qui n'ont pas été rendus publics par la Fédération», dit-il, demandant aussi à ce que son identité ne soit pas révélée. Selon lui, la Fédération colombienne de cyclisme, au lieu de prendre des sanctions, alertait les équipes en secret lorsqu'un de leurs coureurs était contrôlé positif. «Ils font ça pour ne pas effrayer les sponsors», explique-t-il.

Compétition exclue du calendrier

En 2017, l'UCI a dépêché une délégation pour procéder à des prélèvements lors du Tour de Colombie et les a fait analyser aux Etats-Unis. Le laboratoire de Bogota avait alors perdu son accréditation de l'AMA. Huit coureurs avaient été contrôlés positifs, chiffre le plus élevé dans l'histoire de la Vuelta colombienne. En 2018, la compétition a été exclue du calendrier UCI et la Fédération a recommencé à assurer le contrôle anti-dopage. Elle n'a fait état d'aucun cas positif durant la dernière édition et un seul coureur a été sanctionné en 2019.

Le président de la Fédération, Ovidio Gonzalez, nie catégoriquement que le dopage soit généralisé et défend la transparence de l'organisation qu'il dirige depuis 2017. «Absolument tous les cas positifs que nous rencontrons sont annoncés sur notre page web et sanctionnés», affirme-t-il.

Carrière en jeu

Bien que la Colombie reste exportatrice de talents comme Egan Bernal, 22 ans, les chasseurs de champions les isolent de la scène locale afin d'éviter qu'ils se «contaminent», selon le journaliste Gustavo Duncan, qui a dénoncé le phénomène du dopage. «Les équipes étrangères ne prennent même pas en compte les coureurs de plus de 23 ans car elles savent que, hors des catégories juvéniles, il est quasiment impossible de courir en Colombie sans se doper», dit-il.

L'entraineur Luis Fernando Saldarriaga, qui a découvert Nairo Quintana (Movistar) et Esteban Chaves (Mitchelton-Scott), le confirme: «Ce sont des talents que l'on prépare dès leur jeune âge pour les emmener à l'étranger. Jamais nous ne les faisons participer à un Tour de Colombie car leur capacité serait mise en doute.»

Au début de cette année, M. Saldarriaga a été surpris que Wilmar Paredes et Juan José Amador, ses poulains de l'équipe Postobon, soient contrôlés positifs. Le préparateur physique, consulté sous couvert d'anonymat, ajoute: «Si deux garçons, qui travaillent comme professionnels avec des entraîneurs qui leur ont expliqué l'importance de ne pas se doper, peuvent se transformer en tricheurs, alors n'importe quel jeune peut le devenir.»

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(nxp/afp)

Les commentaires les plus populaires

  • Jacky le 24.08.2019 14:20 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Sport BIO

    Ah on découvre maintenant quelle surprise! Faut pas être naïf, le problème n'est pas de se doper mais de ne pas se faire arrêter. Partout et dans tous les sports. L'exemple de la Jamaïque, le Kenya etc en athlétisme, etc.. ces sportifs qui surgissent de rien et en nombres

  • Juliette le 24.08.2019 15:02 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Et la suisse dans tout sa ?

    Et c est quand qu'on balance tout les dopés qu'il y a en suisse , dans le foot , le tennis etc ? Ah mais non j oubliais leurs secret c est une banane et de l isostar :D

  • Circo Loco le 24.08.2019 14:51 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Rugby

    Il y aurait aussi du dopage dans le rugby: avant les perfusions, le ballon était rond.

Les derniers commentaires

  • As le 28.08.2019 19:06 Report dénoncer ce commentaire

    Corps médicales responsables de la Dope

    Hi Monsieurs journalistes ,cherches vous les vraies équipes médicales responsables, les cyclistes son des ouvriers, et les médecins emponchen le pignon, svp faites un vraie journalisme de la dope, anquetil à son époque l'avait fait déjà, ou son ces riches groupes médicales , et ces laboratoires, vraies responsables de ce problème? Allez les chercher pour pouvoir vous croire, vous êtes complices par votre silence

  • San le 28.08.2019 19:01 Report dénoncer ce commentaire

    Mafias médicales responsabes dope

    Hello. Parlons de Ramon Hoyos Vallejo années 50 Colombien a couru 700 km au tour de Mexique à cause de furuncules, et Cochise annees 70 premier colombien champion du monde, le control doping en Europe est pour tout le monde, pourquoi ils auront cas je les colombiens? La plus part d'eux sont toujours en Europe, alors, ils sont comme les autres, si non regarder YouTube jacinto le vieux 70 en vieux vélo dépassé les sportifs européens , ils se entraînent au párame de lettres 80 km monte gagne une fois par Botero, à réfléchir , sur les mafias médicales responsables de Froome Froome pas dopé ?

  • ancien de montreux le 25.08.2019 14:00 Report dénoncer ce commentaire

    deux catégories

    Voici une solution. Championnats Suisse, d' Europe et du monde ainsi que les JO et autres courses devraient être dédoublés(ées) de cette façon, example, JO pour les drogés et JO pour les clean, ont verra bien ou iront les sponsors. "Et le gagnant du 100 mètres nage libre est......catégorie drogué". Le gagnant même catégorie mais clean est..... ps: il faudrait aussi définir l' entraînement en altitude si c'est une façon de se droguer? On peut pas pénaliser un skieur de Zermatt d' être drogué parce qu' il est né et habite à Zermatt

  • met des lignes le 25.08.2019 08:41 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    sont très religieux, c'est vous dire !

    déjà est on sûre que c'est son vélo? et qu'il l'a pas volé.

  • le Baron ( vendeur de farine) le 25.08.2019 08:39 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Amérique latine sacré exemple

    Colombie pffff rien que le nom j'en ai les narine qui me grattent

    • calison le 25.08.2019 11:50 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @le Baron ( vendeur de farine)

      pour votre information, millier de colombien on as jamais conue la drogue dans noutre pays, jus a que on est a exterior comme dans mon cas depuis que j'arriver à Suisse, alors si en colombie il y as de prodution de drogue ce par ce que il y as de demande mon chere amie!

    • calison le 25.08.2019 11:52 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @le Baron ( vendeur de farine)

      arrete de la consomer petite c...