Cyclisme

22 juillet 2018 19:11; Act: 22.07.2018 19:11 Print

Le bisou de trop?

par Stéphane Combe, Carcassonne - Les hôtesses du Tour de France sont menacées de disparition. Au point que certaines ont décidé de prendre la parole pour défendre leur job.

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Le débat fait rage à propos du rôle des hôtesses sur le Tour de France. (Photo: AFP)

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Alerte, miss en péril ! Elles ont beau être l'âme des podiums depuis des décennies, les sourires du Tour sont clairement en danger. Depuis des mois, le débat déchaîne les passions. En cette période de guerre au sexisme, le bisou façon pot de fleur semble ne plus avoir sa place sur l'un des plus grands événements sportifs de la planète.

Le scène est bien connue. Une fois les lauréats du jour remis de leurs émotions, ils reçoivent fleurs, champagne et le fameux double bisou. Voire pincent des fesses, la lucidité les ayant quittés. Enfin, ça, c'était avant. Engagées par les marques qui sponsorisent les maillots distinctifs, les hôtesses suivent la course dans son entier - ce qui est aussi un défi logistique en soi -, et on leur confie désormais un rôle d'ambassadrice bien plus valorisé.

Il n'empêche, l'opinion publique continue de se déchirer sur leur utilité. Joli ou démodé ? Innocent ou dégradant ? Il y a la tradition, mais il y a aussi #MeToo. « Nous ne voulons pas changer notre mode de fonctionnement, car pour nos courses féminines, ce sont des hommes qui remettent les fleurs aux sportives. Il n'y a là aucune misogynie», expliquait le directeur du Tour Christian Prudhomme au début de l'année.

Alors un compromis a été trouvé : le double bisou qui durait des plombes pour la photo n'existe plus sur les courses organisées par ASO. Le rôle consiste surtout à remettre les prix avec une simple bise, le contact est bien moins direct et les applaudissements «plus froids». Même les jupes se rallongent et les robes sont souvent remplacées par des pantalons.

A Paris, où sera jugée l'arrivée dimanche prochain, des élus de la mairie ont crié au boycott de la femme objet. Le mot «potiche» a même été utilisé. Sur LCI, la miss Océane Pagenot (chargée de remettre le prix de la combativité sur ce Tour), a parlé de «ras-le-bol général dans la profession» car elle ne se sent «pas du tout potiche». Au contraire, elle y voit une valorisation de la beauté féminine. Egalement banquière et journaliste, elle n'y voit absolument rien de gênant. Un avis qui fait l'unanimité chez les miss croisées au bas des podiums.

Citée par le Républicain, Jessica Molle, Miss Lorraine 2015, explique qu'il s'agit «d'un véritable métier.» La professeur d'histoire-géographie ajoute : «Les critiques n'ont pas lieu d'être. Il y a des choses plus importantes en ce moment. Ce métier est un droit qu'ont gagné les femmes au cours de ces dernières années. Il faut arrêter de genre de stéréotype.»

Dès lors, le compromis est-il appelé à durer, ou se dirige-t-on vers un scénario proche de celui des «grid girls», qui ont désormais déserté presque tous les grands prix de F1 ? A cette heure, personne ne le sait vraiment. Ce qui est sûr, c'est que les spectateurs apprécient beaucoup ce moment privilégié passé à côtoyer celles qui, dans leur tenue colorée, sont aussi des stars à la TV.

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(nxp)