Giro 2012

03 octobre 2011 21:23; Act: 03.10.2011 22:06 Print

Un chemin de croix tracé au coeur des Alpes

par J.-Ph. Pressl-Wenger - Le Giro 2011 avait été jugé trop difficile. En 2012, les organisateurs jouent la surenchère: il y aura une étape à la limite de la raison.

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Alberto Contador avait remporté le Giro cette année. (Photo: Keystone)

Une faute?

Les responsables de la communication du Tour d’Italie ont lâché des informations sur le parcours de l’édition à venir. Le départ sera donné à Washington (USA), pour tenter d’effacer le déficit d’image que la boucle transalpine concède encore au Tour de France au pays du base-ball.
Cependant, ce ne sont ni le changement de continent ni le jetlag qui font le plus de bruit, mais bien l’avant-dernière étape entre Caldes et le sommet du Stelvio, concoctée avec le concours des fans, via un sondage.

5900 mètres de souffrance

Sur les 218 km d’un probable chemin de croix pour la majorité du peloton, les coureurs devront passer cinq cols pour un dénivelé cumulé de 5900 mètres. Il faudra escalader non seulement le Tonale, l’Aprica, le Teglio, mais aussi et surtout le terrible Mortirolo, long de 11,4 km à 10% de moyenne (passages à 22%) pour ensuite rejoindre l’arrivée après la montée finale du Stelvio (22,4 km).

«C’est trop, estime l’ancien grimpeur Sven Montgomery. J’ai toujours adoré les grandes étapes de montagne, mais là, après trois semaines de course et avec le jetlag, les gars seront cramés.» Le Bernois n’est pas le seul à être critique. «L’an passé, Contador avait trouvé l’étape reine trop dure, et il l’avait gagnée», rappelle David Millar sur Twitter. Le Britannique prédit aussi que seuls les Italiens voudront briller sur une telle étape. Le parcours définitif sera présenté le 16 octobre.

Les réponses de Richard Chassot

En tant que directeur du Tour de Romandie et ancien coureur, le Fribourgeois porte un regard critique sur le parcours proposé aux coureurs. Joint par téléphone, il s’est prêté au jeu des questions.

Richard Chassot, que pensez-vous de cette avant-dernière étape titanesque prévue sur le Giro 2012 ?

Les efforts répétés sur trois semaines sont déjà très rares dans le sport professionnel. Comment est-ce possible de planifier une telle étape le dernier samedi de l’épreuve? On verse clairement dans l’exagération inutile. C’est un manque de respect vis-à-vis des coureurs et de l’effort qu’ils ont à fournir.

L’an dernier, l’étape reine du Tour d’Italie était déjà très exigeante, et le parcours passait aussi par les «strade bianche» (routes de poussière). Pourtant les coureurs ont roulé sans broncher.

Et cela m’a surpris. Les organisateurs savent que sans les coureurs, leurs épreuves perdent leur crédibilité. L’étape en question ne posera probablement pas de problème aux 10 premiers du classement général. Par contre, les équipiers, qui ont tout donné durant 3 semaines seront en souffrance, une grande partie du peloton va exploser. Et la longueur de l’étape ne modifiera pas la hiérarchie.

Dans le cadre de la lutte antidopage, l’UCI préconise des étapes plus raisonnable. Cette journée de fous va-t-elle à l’envers du bon sens ?

J’ai toujours prétendu que la distance d’une étape n’implique pas forcément plus de dopage. Des spécialistes du sprint se sont dopés aussi par le passé. Mais à force de proposer des tracés inhumains on peut faire prendre de mauvaises décisions à de jeunes cyclistes. Un gars de 23 ans pourrait être tenté de se doper en pensant «je n’y arriverai jamais sans ça ».

Comment évaluez-vous le fait que le départ soit donné à Washington, aux Etats-Unis ?

Il faut arrêter. Déjà que la logistique à déployer pour organiser un prologue dans un autre pays européen est énorme, là c’est trop. Cela ne respecte même pas le système des jours de repos. Un prologue, une étape puis directement un jour de repos pour traverser l’Atlantique et subir le décalage horaire, ce n’est pas vraiment montrer du respect pour les athlètes. Ce n’est que du business. La voix des coureurs a peut-être de la peine à se faire entendre.(jpw)