Affaire Contador

27 juin 2011 14:09; Act: 29.06.2011 16:13 Print

Le Tour de France pris en tenaille

La présence d'Alberto Contador au Tour de France est vécue comme une décision compréhensible mais gênante par la majorité des équipes françaises engagées.

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Depuis le 16 février, la suspension provisoire du coureur espagnol a été levée. (Photo: Reuters)

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Le Tour de France se retrouve cette année pris en tenaille par l'affaire Contador. Faute d'avoir trouvé son épilogue avant le coup d'envoi en Vendée samedi, elle met déjà en pointillés le palmarès final, comme l'est encore le nom du vainqueur 2010.

Contrôlé positif en juillet dernier mais blanchi par la fédération espagnole en février, Alberto Contador a, d'un strict point du vue juridique, parfaitement le droit de courir même si le Tribunal arbitral du sport (TAS) doit encore trancher cet été sur l'affaire de son «steak contaminé». Et le champion espagnol ne s'en prive pas depuis le 16 février, date à laquelle sa suspension provisoire a été levée: il a enchaîné les victoires au Tour de Murcie, au Tour de Catalogne, puis au Tour d'Italie, avant de s'attaquer à défendre son titre dans le Tour de France à partir de samedi.

Pour rien?

Autant d'efforts pour rien, peut-être. Car Alberto Contador pourrait très bien perdre ses trophées, à commencer par sa victoire dans la Grande Boucle 2010, si le TAS juge, à l'inverse des Espagnols, que les quelques picogrammes de clenbutérol décelés dans ses urines le 21 juillet 2010 sont bien dus au dopage.

Quelques picogrammes représentent des traces infinitésimales, loin des contrôles positifs caricaturaux, d'où la complexité de l'affaire. Alors que la plupart des laboratoires antidopage n'auraient pas été capables de les détecter, ces picogrammes n'ont pas échappé l'an dernier à celui de Cologne (All), connu pour être l'un des plus performants.

Le coureur espagnol a clamé son innocence et désigné pour coupable un steak mangé la veille de son contrôle, provenant d'un ravitaillement à Irun, au risque de se froisser avec les producteurs bovins espagnols: ceux-ci ont porté plainte contre X.

Des résidus de plastique dans l'urine?

Dans le même temps, certains médias rapportaient, sans donner leur source, que les mêmes urines de Contador présentaient une concentration de résidus plastiques élevée, caractéristique des personnes ayant reçu une transfusion sanguine. Cet élément, qui n'a jamais été confirmé depuis, laisse supposer à certains experts que Contador se serait piégé en se dopant par transfusion sanguine.

Le test de détection des résidus plastiques n'est pas encore validé par l'Agence mondiale antidopage (AMA), mais ses résultats peuvent étayer un faisceau de preuves. Figure-t-il dans le dossier Contador porté en appel par l'UCI et l'AMA ? Mystère. Les éléments à charge ne seront connus qu'une fois le jugement du TAS rendu, probablement en septembre.

Un malaise

A ceux qui déplorent la durée de la procédure, le cyclisme ne peut que rappeler que la justice sportive fonctionne au rythme qui est le sien, avec un cadre juridique à respecter. L'UCI a attendu quatre mois après le Tour, pour demander en novembre à la Fédération espagnole d'ouvrir une procédure disciplinaire contre Contador. Il fallut trois mois à celle-ci pour la mener à terme et décider en février d'absoudre le coureur de toute faute, après avoir songé à lui infliger un an de suspension.

L'UCI prit ensuite un autre mois avant de faire appel devant le TAS, pour dit-elle obtenir un jugement épargné de toutes pressions politiques, suivie quelques jours plus tard par l'AMA. La cour suprême du sport, basée à Lausanne, avait bien promis de statuer sur le sort du coureur avant le départ du Tour, mais elle a dû reporter l'audience après la fin du Tour, du 1er au 3 août, à la demande des parties.

Cette situation cause un malaise dont se serait bien passée la Grande Boucle. Tout en regrettant «l'incertitude qui va accompagner la présence d'Alberto Contador au Tour de France», l'UCI a invité tout un chacun à respecter le droit du coureur espagnol à la présomption d'innocence, jusqu'à décision contraire.

L'affaire Contador en cinq dates

30 septembre 2010: deux mois après son troisième sacre dans le Tour de France, Alberto Contador révèle qu'un de ses contrôles antidopage durant l'épreuve a donné un résultat anormal. Des picogrammes de clenbutérol, un produit interdit pour ses effets anabolisants, ont été détectés dans ses urines le 21 juillet à Pau. Ces traces sont si infimes qu'elles rendent le cas complexe: résultent-elles d'une contamination alimentaire comme le clame Contador, qui se dit victime d'un steak de boeuf acheté à Irun ? Ou bien les restes d'une prise de produit dopant ? L'Union cycliste internationale (UCI), qui avait informé le coureur de ce résultat anormal dès la fin août et l'avait suspendu à titre provisoire, précise qu'elle mène «des investigations scientifiques complémentaires» en partenariat avec l'Agence mondiale antidopage (AMA). Investigations qui l'amèneront à demander en novembre à la Fédération espagnole d'ouvrir une procédure disciplinaire.

26 janvier 2011: après examen du dossier, la Fédération espagnole fait savoir à Contador qu'elle envisage de lui infliger un an de suspension, ce qui revient à lui faire perdre son troisième titre dans le Tour de France. Le coureur, qui a dix jours pour faire valoir ses arguments avant le prononcé de sa sanction définitive, clame à nouveau qu'il ne s'est jamais dopé et assure qu'il «se battra jusqu'au bout pour prouver son innocence». La possible déchéance du champion suscite une vive émotion en Espagne, où plusieurs personnalités du monde politique ou judiciaire, lui apportent son soutien, jusqu'au chef du gouvernement, José Luis Rodriguez Zapatero, qui ne voit «aucune raison juridique de sanctionner Contador».

15 février 2011: la décision de la Fédération espagnole tombe... Revirement spectaculaire: Contador est blanchi. Le coureur se félicite que «son honneur soit reconnu et que justice soit faite», et reprend aussitôt la compétition, au Tour d'Algarve.

24 mars 2011: l'Union cycliste internationale annonce qu'elle fait appel de la décision espagnole devant le Tribunal arbitral du sport (TAS). Son président Pat McQuaid explique qu'elle veut «obtenir un résultat crédible» faisant référence aux pressions politiques que la fédération espagnole a reçu. La semaine suivante, l'AMA fait de même en lançant sa propre procédure devant le TAS.

26 mai 2011: le Tribunal, qui avait promis de rendre une décision dans l'affaire avant le Tour de France, se heurte au calendrier des parties. L'affaire qui devait être entendue du 6 au 8 juin est finalement reportée au début août, du 1er au 3. Alberto Contador est donc libre de courir le Tour de France, au risque d'être déclassé de l'épreuve 2010 et 2011 si le TAS le décide.

(ats/afp)