Football – Angleterre

12 août 2016 19:15; Act: 12.08.2016 19:18 Print

«Les gens se demandent qui va faire une Leicester»

par Oliver Dufour - La reprise du championnat d’Angleterre est pour ce week-end. Récemment en Suisse romande, le coach de Burnley Sean Dyche a livré le point de vue d’un néo-promu.

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Sean Dyche aura à nouveau la lourde tâche de maintenir Burnley dans l'élite. (Photo: Keystone/AP/Jon Super)

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Pour la deuxième année consécutive, le Burnley FC, club du nord de l’Angleterre sacré champion de Championship (2e division) et promu en Premier League au début de l’été, a posé ses bagages sur les rives du Léman. C’est à Evian, en France voisine, que l’équipe du Lancashire a trouvé les conditions idéales pour mener à bien son camp de préparation d’avant-saison, à la fin du mois dernier. Les Claret en avaient profité pour disputer un match amical sur l’autre rive, contre l’équipe vaudoise du Stade Nyonnais (Promotion League), remporté 1-3 par les visiteurs.

L’équipe entraînée par l’Anglais Sean Dyche, dans les rangs de laquelle on trouve notamment l’international gallois Sam Vokes, auteur d’un but génial lors du dernier Euro, et l’ancien gardien international anglais Paul Robinson, affrontera samedi en ouverture de championnat la formation galloise de Swansea. Le coach a pris le temps d’évoquer la saison à venir. Non content de poser un regard sur l’évolution du marché en Angleterre, Dyche a aussi revendiqué le droit à davantage de reconnaissance envers les coaches britanniques.

Sean Dyche, venir dans la région l’an dernier vous avait plutôt réussi puisque vous êtes devenu champion de deuxième division. C’était important pour vous d’y retourner?
C’est vraiment bien de revenir dans la région, après notre bon camp de l’an dernier. Les infrastructures sont excellentes et les conditions idéales. Il y a que la météo qui soit radicalement différente de la dernière fois. Il faisait à peu près 35 degrés. Cette semaine seulement 16 (rire), mais on s’y fait!

Quelle valeur pouvez-vous attribuer à votre victoire contre le Stade Nyonnais, à quelques semaines de la reprise?
Tous ces matches d’avant-saison sont importants. Ils ont toujours un certain enjeu, contrairement aux petits matches qu’on peut disputer à l’entraînement. On l’a vu avec Nyon, qui a travaillé fort dans un esprit fair-play. C’est très bon pour nos joueurs. Ca leur permet de se situer un peu. Physiquement on était déjà dans de bonnes conditions pour la période.

Comment les clubs plus modestes comme Burnley vivent-ils la transition dans la grande ligue et la lutte pour engager des joueurs?
A notre époque, tout le monde en veut toujours plus. Ca fait des années que c’est comme ça, mais ça encore accéléré cette année avec la nouvelle manne financière des droits TV (ndlr: la Premier League a négocié un contrat télévisuel lui assurant plus de 7 milliards de francs sur les trois prochaines saisons). Ce sont des chiffres qui font tourner la tête des gens. On a beaucoup plus d’argent, tous les autres clubs aussi. Et il y a tellement de richissimes propriétaires, maintenant… Ceux-ci sont gentiment en train d’effacer les dettes dans le football. Mais ça fait aussi grimper les prix. Et lorsque vous êtes à la recherche d’un joueur, il n’est pas simple de trouver l’argent pour suivre l’augmentation. En plus, il suffit de deux ou trois transferts pour percer encore le plafond. Ca fait encore grimper les enchères.

Pour Burnley, c’est quand même possible de se renforcer? Vous avez notamment dû laisser filer Joey Barton, un joueur d’expérience et un leader, parti à Glasgow…
La situation de notre club est dure. Faire venir des joueurs de qualité, assurer leurs salaires, ce n’est pas aussi simple. Mais ce n’est rien de nouveau. J’ai toujours vécu ça. Mais nous voulons quand même que le club grandisse. Oui, l’augmentation des droits TV représente de l’argent supplémentaire, mais le marché progresse aussi. Ca ne confère pas autant de puissance qu’on le croit. J'ajouterais qu'en tant que coach anglais, on a sans doute aussi un peu plus de pression. Je n’ai aucun problème avec les entraîneurs étrangers, mais on mériterait parfois d’être un peu mieux reconnus lorsque nous utilisons les mêmes méthodes que les tacticiens venu d’ailleurs. Lorsque j’utilisais un 4-4-2 la dernière fois en Premier League, j’étais remis en question. La saison dernière, lorsque Claudio Ranieri l’a utilisé avec Leicester, c’était du génie tactique. Je n'en fais pas une maladie, mais c’est la réalité.

En tant que champion de la division inférieure et néo-promu, quelles sont vos attentes dans l’élite?
On y était déjà voici deux saisons (ndlr: en 2014-2015, après un premier échec en 2009-2010), donc on sait déjà que ça représente un gros défi. En Angleterre l’écart entre les divisions est important. Celui entre le Championship (D2) et la Premier League (D1) est assez évident. Ce n’est pas juste une histoire d’argent, bien entendu, mais ça aide. L’écart de qualité de l’effectif joue un rôle dès le départ. Mais on a l’impression d’avoir retenu quelque chose de notre dernière expérience, en tant que collectif, donc on espère pouvoir aller de l’avant cette fois-ci.

Tout le monde a été un peu étonné la saison dernière par le titre remporté par Leicester City. Peut-il encore y avoir des surprises?
Tout le monde parle forcément de ça. Les gens essaient maintenant de trouver des équipes qui vont aussi «faire une Leicester». Mais je pense que ce sera même difficile pour Leicester de «faire une Leicester». Parce que c’était quand même une saison étrange. Je ne veux rien enlever aux Foxes, qui ont vécu une histoire extraordinaire, qui marquera l’histoire, et donnera à chaque club l’espoir de pouvoir relever un tel défi. Mais je serais quand même très surpris cette saison si les clubs les plus puissants ne sont pas de retour à la place où on les trouve généralement, c’est-à-dire au sommet du classement. Mais on verra!

Twitter: @Oliver_Dufour