Football

20 novembre 2019 17:23; Act: 21.11.2019 09:11 Print

«Stéphane Henchoz est un faux-cul»

par Florian Müller - Gardien et joueur emblématique du FC Sion, Kevin Fickentscher n'a pas goûté aux déclarations de son ancien coach dans la presse.

storybild

Kevin Fickentscher a décidé de monter au front pour réagir aux déclarations de son ancien coach. (Photo: Keystone)

Sur ce sujet
Une faute?

C'est un homme intimement touché qui nous accueille au centre d'entraînement du FC Sion à Riddes. «J'ai bien réfléchi à ce que je vais vous dire, je ne parle pas sous le coup de l'émotion.» Kevin Fickentscher est un taulier du FC Sion – en neuf saisons à Tourbillon, il en a vu passer des coaches. Pas question pour lui de ruer dans les brancards tête baissée, l'homme balade d'habitude un aplomb qui sied à sa vocation de gardien de but. Mais les récentes déclarations de Stéphane Henchoz à L'Illustré et au Nouvelliste ont eu raison de sa réserve. «C'est tout le vestiaire que notre ancien coach a attaqué, je ne peux pas laisser passer ça.»

Kevin Fickentscher, les déclarations de Stéphane Henchoz vous ont-elles surpris?

Surpris, le mot est faible. J'ai été profondément déçu par les propos qu'il a tenus. Et je me sens concerné parce qu'il a mis tous les joueurs dans le même panier et n'a cité qu'un nom, celui de Yassine Fortune (ndlr: «Qu'ont réalisé comme carrière les joueurs du FC Sion jusqu'ici? Il y en a un, il a joué à Londres. Enfin, il croit qu'il a joué à Londres. Mais Fortune n'y a qu'habité.»). C'est un jeune joueur qui n'est pas prétentieux, c'est le plus gentil du groupe. Ok, il a passé quatre ans à Arsenal, faut-il le lui reprocher? C'est vraiment petit de s'attaquer à un gamin. Par rapport à mon coéquipier, je ne trouve pas normal que les gens se fassent maintenant cette image de lui alors que ce n'est pas vrai.

Vous vous sentez néanmoins personnellement visé?

Oui, parce que je fais partie de cette équipe et que je n'accepte pas certaines choses qu'il a dites. Sur certains points, il a raison. Mais au lieu de s'attaquer à un jeune dans la presse, pourquoi ne nous a-t-il pas dit ces choses quand il était avec nous? Ça reflète sa personnalité de coach: il n'a pas de courage, pour rester poli, mais c'est un autre mot qui commence par «c» qui me vient à l'esprit.

Il ne vous a jamais dit ses vérités dans le vestiaire?

Personnellement, il ne m'a jamais parlé sur les cinq mois où il a été notre entraîneur. Une fois il m'a envoyé un SMS, lorsque je me suis ouvert le crâne à Lugano et qu'on a gagné (le gardien a joué avec un bandage avant de recevoir six points de suture sur le front suite à un choc avec le genou de Filip Holdener). J'ai serré les dents pendant 30 minutes. Alors là, il était content. Sinon rien, pas une discussion, qu'elle soit tactique, technique, ou de mentalité. Et c'est pareil pour mes coéquipiers.

Kevin Fickentscher avait joué plus de 30 minutes avec un bandage de fortune sur le front face à Lugano, le FC Sion ayant déjà effectué ses trois changements.

Et c'était comme ça durant tout son règne au FC Sion?

Oui, exactement. Et sur le fond, il a le droit d'être comme ça, c'est sa personnalité, c'est son style. Je respecte cela. Je n'avais pas besoin qu'il vienne me motiver avant tous les matches, je suis assez grand pour savoir ce que j'ai à faire. Mais je remarque qu'il a plus de courage face aux journalistes que face aux joueurs. Et pourtant, il a souvent eu l'occasion de nous dire les choses.

Vous avez un exemple?

Lorsqu'on a reçu Saint-Gall à Tourbillon (ndlr: défaite 1-2 le 25 septembre dernier), deux de nos joueurs sont arrivés en retard à la collation de 16 h – on jouait à 20 h. Et quand je dis en retard, c'est bien en retard, genre 15-20 minutes, la plupart des autres avaient fini de manger. Ce n'est pas normal, on est d'accord? Et bien lorsque les deux joueurs sont passés devant le coach en entrant dans la salle, il les a regardés comme si de rien n'était. Et le pire dans tout ça: ces deux joueurs étaient titulaires ensuite au coup d'envoi. Dans ce genre de situation, que vont penser les joueurs qui étaient là et qui se retrouvent remplaçants, voire en tribunes? Quel message donne le coach? Pourquoi ne leur a-t-il rien dit en face? Pourquoi n'a-t-il pris aucune sanction? Il n'a pas de c, de courage. Et ensuite, il va pleurnicher auprès du président.

C'est révélateur de quoi selon vous?

Je ne sais pas. Avait-il simplement peur de la réaction de ses joueurs? Est-ce qu'il ne voulait froisser personne? Je suis désolé, à un moment donné, c'est lui le patron, c'est à lui d'intervenir. Pourquoi ne l'a-t-il pas fait à ce moment-là et préfère-t-il le faire maintenant dans les journaux?

Un reproche récurrent dans la bouche de Stéphane Henchoz est celui d'un manque de caractère dans le groupe sédunois. C'est une critique qu'il a adressée directement face au vestiaire?

Non. A part ses causeries tactiques, il ne nous a jamais dit une seule vérité. Et pourtant, parfois, ça aurait fait du bien. Du genre: «Ecoute, toi, tu n'as pas fait assez, il faut en faire plus». Non jamais, il s'est toujours caché. Il nous parle de caractère, mais est-ce que lui en a plus que nous? C'est facile de gueuler comme un putois au bord du terrain pendant 90 minutes pour faire bien devant les caméras, mais ensuite pour dire les choses en face, des vérités sûrement bonnes à entendre, pour faire avancer les choses, là il n'y a plus personne.

Avait-il peur de certains leaders?

Si Behrami est parti, c'est à cause de quoi selon vous? Il y a peut-être d'autres raisons que celles qu'on a pu lire un peu partout. Ses relations avec le coach, par exemple. Lorsque Stéphane Henchoz dit que nous sommes à des années-lumière de la Champions League, il devrait se demander peut-être où il en est lui dans sa carrière d'entraîneur après ses trois premières étapes. Il a certes fait une très belle carrière de joueur, il a tout mon respect pour cela, mais il ne peut pas se reposer sur cet acquis pour devenir un bon entraîneur.

Entre Stéphane Henchoz et Valon Behrami, le courant ne serait jamais passé.

Vous qui connaissez mieux que personne le groupe sédunois de l'intérieur, est-ce que sa déclaration «Il faut caresser ces pseudos-stars dans le sens du poil» correspond à votre vestiaire?

Non, en rien. Je n'ai jamais entendu quelqu'un se plaindre que c'était trop dur. Quand je lis qu'on pleurait parce qu'il y avait deux entraînements par jour, ça m'énerve parce que c'est faux. Moi j'ai toujours fait mon job, je n'ai jamais râlé. Et encore, quand il y avait deux entraînements par jour, lui n'était même pas là pour la séance de musculation.

Dans le groupe, personne ne s'est plaint de trop travailler?

A ma connaissance, personne n'est jamais venu vers le coach pour lui dire: «Cet après-midi je ne m'entraîne pas, on travaille trop.» Et on a toujours bossé. Bien sûr qu'il y en a toujours deux ou trois qui ronchonnent, mais c'est pareil partout, dans tous les groupes. Mais à la fin ils sont sur le terrain et ils bossent la même chose.

Stéphane Henchoz pointe également du doigt le fait que les joueurs du FC Sion sont trop payés (L'Illustré articule un chiffre de 60'000 francs par mois). C'est la réalité?

Ça me choque, d'abord parce que je ne gagne de loin pas 60'000 francs par mois; je ne sais pas si un joueur de notre équipe les gagne, et si oui tant mieux pour lui. Et puis, il parle d'éducation et d'une mentalité d'enfants gâtés. Moi, mes parents m'ont inculqué des valeurs simples, ce que je pense être une bonne éducation. Je suis père de famille: j'essaye de transmettre ces valeurs d'humilité et de respect à mon fils – ma fille est encore trop petite. Je fais tout pour être un bon père, et quand je lis ça, ça me fait chier parce que je n'ai pas été éduqué comme ça. Et puis, les gens qui lisent ça, ils vont se faire une fausse idée des joueurs du FC Sion. Alors bien sûr que je gagne bien ma vie, et j'en suis très content, mais si j'ai cette chance, c'est aussi parce que j'ai travaillé pour, et je vous garantis que ça n'a pas toujours été facile. Le chemin pour devenir footballeur professionnel n'est pas évident. Ces déclarations, je les trouve injustes, ça me fait du mal, mais aussi à ma famille et au club.

Stéphane Henchoz a dit qu'à Xamax il pouvait être plus dur qu'à Sion, parce qu'il avait en face de lui à Neuchâtel des joueurs de caractère. Comment était-il avec vous au quotidien?

Il était très cassant. Après, si c'est sa façon de faire et qu'il est cohérent, je peux l'accepter. Une fois à l'entraînement, il a dit à un joueur: «Essaye de faire une transversale, enfin, si tu y arrives avec tes qualités» Ça peut faire rire, mais en l'occurrence c'était juste blessant. Henchoz a eu de la chance qu'on soit des gentils dans ce vestiaire, parce qu'ailleurs, il aurait ramassé quelques claques avec ses propos. Et juste pour revenir à Neuchâtel: il dit que là-bas, il avait des joueurs fantastiques qui auraient tous pu être capitaines. Mais quand on a joué contre eux – deux fois, en amical et en championnat – à la théorie d'avant match, ses anciens joueurs ont dû avoir les oreilles qui sifflaient. Par respect, je ne vais pas vous dire ce qu'il a dit, mais personnellement, je n'aurais pas aimé être à leur place.

Comment vit le groupe sédunois sans l'autorité Stéphane Henchoz?

Est-ce qu'il a une fois eu de l'autorité? Je me pose la question maintenant. Ensuite, le groupe vit par les résultats, alors vous dire que tout va bien serait mentir. Je sens le groupe affecté par les propos de notre ancien coach, parce que c'est blessant. Mais en tout cas, on ne travaille pas moins, au contraire. Là, on sort d'une semaine internationale, a priori consacrée à la récupération, et quand vous regardez le programme, il est plus intense avec Christian Zermatten qu'il ne l'était avec Stéphane Henchoz.

On a l'impression que vous vous sentez trahi?

Oui, c'est une trahison. Il balance des trucs sur notre groupe alors qu'il n'est pas irréprochable non plus. Comme si lui avait tout fait juste, je ne vois aucune remise en question de sa part. Il se pensait sûrement plus beau et plus intelligent que tout le monde en arrivant ici. Et on l'a suivi, on n'a pas triché. Personnellement, je l'ai même payé de ma personne (il montre sa cicatrice sur le front). Je ne demande pas une médaille, je l'ai fait parce que c'est mon boulot. Que des gens m'aiment ou pas, me trouvent bon ou mauvais, c'est le foot, je l'accepte. Mais il ne faut pas venir me dire qu'on est des tricheurs.

Stéphane Henchoz relaye aussi l'idée, communément répandue, qu'à Sion ce sont les joueurs qui font la loi. C'est un peu vrai, non?

Je n'ai jamais vu un joueur aller vers le président et lui dire: «Ce coach, il faut le virer». C'est mal connaître Christian Constantin. C'est la direction du club qui fait la loi. Les joueurs ne sont pas consultés, ils acceptent aussi cette réalité: à Sion, les têtes changent plus vite qu'ailleurs.

Vous n'avez jamais joué contre votre entraîneur?

Il n'y a pas de tricheurs dans ce vestiaire. Personne n'a jamais dit: «Allez, aujourd'hui on perd ce match et comme ça l'entraîneur est loin.» Les joueurs sont les premiers responsables de ce qui se passe sur le terrain, c'est vrai, mais je peux vous garantir qu'à chaque match ils veulent gagner. Quel est l'intérêt de perdre? Déjà, être bien classés, c'est bon pour tout le monde, même pour ceux qui ne réfléchiraient qu'individuellement. Et en plus, quand on gagne, on touche des primes de victoire.

Vous pourriez un jour retravailler avec Stéphane Henchoz?

Franchement, il m'a trop déçu pour ça. Et cette déception est partagée par le groupe. En fait, je me suis rendu compte que c'était un faux-cul. Quand on gagnait, il venait nous taper sur l'épaule; et quand on perdait, on le voyait beaucoup moins. C'est impossible pour moi de travailler avec ce genre de personnes.

Football

(nxp)