Football

24 mai 2016 18:06; Act: 25.05.2016 16:16 Print

Garra Dembélé veut juste jouer au football

par Tim Guillemin - L'attaquant franco-malien, âgé de 30 ans, se trouve en Suisse actuellement et se voit bien y rester, après avoir un peu galéré autour du monde malgré un talent certain. Récit.

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Le gardien de Leverkusen Bernd Leno sauve devant Garra Dembele, à l'époque où celui-ci jouait à Fribourg, en Bundesliga. (Photo: Keystone/Patrick Seeger)

Une faute?

A 30 ans, Garra Dembélé n'a plus de temps à perdre, lui qui était l'un des espoirs les plus sûrs du football français. Forcément, quand on plante 15 buts en 26 sélections avec les M19 des Bleus et qu'on est le fer de lance des jeunes de l'AJ Auxerre, les recruteurs commencent à sonner à la porte. «Même sans rien faire, c'était de la folie. Je n'avais pas 20 ans et j'avais tous les clubs à mes pieds. J'avais une liste de 18 équipes qui me voulaient! Liverpool, Manchester City, la Roma, la Lazio...», se rappelle-t-il aujourd'hui. Guy Roux, son entraîneur à l'AJA, lui prédit un destin conforme à ses attentes. Il est grand, il est rapide et adroit devant les buts. L'attaquant parfait.

Alors, en 2006, il était plein de rêves, mais surtout d'objectifs, Garra Dembélé. Ses bêtises de jeunesse étaient derrière lui, les boîtes de nuit, le retrait de permis... Tout ça, c'était fini. Le monde du football s'ouvrait à lui. Et puis, tout a basculé un soir de novembre 2006 lorsqu'il est accusé de viol par une Américaine, à Rome. Depuis ce jour-là, plus de grand club, plus rien. Et quand bien même il a été blanchi et innocenté à 100%. «Cette histoire, elle m'a tué. Elle a foutu ma carrière en l'air. J'ai immédiatement engagé les meilleurs avocats d'Italie, lesquels sont allés à New York, dans une histoire digne des romans de détectives. En fait, ils ont réussi à prouver que cette Américaine avait contracté une assurance privée lui assurant dix millions de francs en cas de viol. Et j'étais le coupable idéal. J'ai été blanchi et innocenté, les journaux l'ont dit, mais le mal était fait. Et quand vous avez une étiquette...», soupire-t-il aujourd'hui, dix ans après.

Il fait la connaissance de Guillaume Hoarau en Chine

Justement, où en est-il, lui, l'espoir du football français, cet attaquant si prometteur? Il est en Suisse, invité par ses amis, dont Guillaume Hoarau. «On s'est rencontrés en Chine, où il jouait avec mon compatriote malien Seydou Keita. Et là, je suis chez lui quelques jours, le temps de trouver un nouveau défi en Suisse.» Tiens donc, pourquoi la Suisse, justement? «Je me suis dit: pourquoi pas? Même quand j'étais au top, je n'ai jamais eu de contact avec votre pays, qui m'a toujours attiré», explique-t-il, lui qui sait déjà exactement où il se trouve. Il s'est en effet entraîné deux semaines avec le FC Aarau, où tout semblait en ordre jusqu'à la décision finale.

«Sincèrement, je n'ai pas compris. J'ai passé deux bonnes semaines avec eux, me montrant au niveau. J'ai bataillé contre Stéphane Besle, Juan Pablo Garat et Igor Nganga à l'entraînement et, même en ayant peu de rythme, j'ai montré de belles choses. Raimondo Ponte, le directeur sportif, m'a dit que c'était bon, il m'a même présenté aux deux présidents et, pendant une semaine, je n'ai plus eu de nouvelle. On avait commencé à parler de contrat, de salaire, de tout et là, quand j'ai rappelé Marco Schällibaum pour savoir où on en était, il m'a dit qu'il regrettait, mais qu'il devait faire des choix. Je suis un peu déçu, mais je n'abandonne pas», continue celui qui a opté pour la nationalité malienne en 2010.

36 buts en 39 matches à Sofia!

2010, justement, l'année de la renaissance. Après des passages à Istres, au Danemark et en Grèce, il arrive au Lokomotiv Plovdiv, en Bulgarie. Et là, enfin, il explose. 5 buts en 14 matches à Plovdiv et voilà le Levski Sofia qui appelle. Là-bas, il montre toutes ses qualités, scorant 36 fois en 39 matches officiels. Son téléphone recommence donc à sonner et une deuxième chance arrive.

«J'avais fait ce qu'il fallait en Bulgarie, j'étais heureux, je montrais qui j'étais. Et là, de nouveau, les portes se sont ouvertes». Il opte pour Fribourg, en Bundesliga. «Marcus Sorg, le coach, me voulait absolument. Il est venu trois ou quatre fois dans mon appartement, en Bulgarie, il voulait vraiment que je le rejoigne à Fribourg. Il montrait tellement d'empressement et d'intérêt que j'ai dit oui, alors que j'avais de meilleures offres. Je me suis dit que là, j'aurais sa confiance. Et trois mois après, il se fait virer et remplacer par Christian Streich, qui ne me calcule plus et me trace d'un coup», continue-t-il à raconter.

Une année blanche aux Emirats

Prêté en Chine, puis libéré, il s'en va aux Emirats Arabes Unis continuer son tour du monde. Un bon contrat, sauf qu'une fois de plus, rien n'est allé comme il le souhaitait. «En fait, le président ne m'avait pas qualifié. J'étais transféré, mais je ne pouvais jouer aucun match officiel. Ils ont tout fait pour me faire craquer et que je casse mon contrat, me faisant m'entraîner à 5h30 du matin... Mais je n'ai rien lâché. Sur les douze mois de salaires qu'ils me doivent, ils n'en ont versé que trois. Et encore, ils sont sur un compte bloqué à la FIFA, je n'y ai même pas accès pour l'instant.»

Là aussi, il va avoir gain de cause, mais quand? Et surtout, comment rattraper le temps perdu? Garra Dembélé est un homme intelligent et lucide sur sa situation. Il le sait, il n'ira pas à Young Boys, même si Guillaume Hoarau a envie de l'aider: «Je sors d'une année aux Emirats sans jouer, c'est impossible qu'un club de Super League se penche sur moi, il faut d'abord que je retrouve le rythme. Tout ce que je demande, c'est un club de Challenge League, qui me donne de quoi vivre, un appartement pour ma petite famille et c'est tout. Je peux encore apporter énormément de choses, je sais quand même jouer un peu au football (sourire). Tout ce que je veux, c'est jouer». Et si Garra Dembélé commençait à faire parler de lui en Suisse?