Football - Super League

09 août 2018 19:08; Act: 09.08.2018 19:08 Print

Grgic: «Que deux choses: l’école et le football»

par Tim Guillemin, Sion - Le milieu de terrain du FC Sion, homme fort de ce début de saison, explique d’où lui viennent ses qualités techniques, ainsi que son amour du jeu. Interview.

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Le milieu valaisan réussit un magnifique début de saison. (Photo: Keystone/Valentin Flauraud)

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Bastien Toma et Hervé Epitaux en étaient à peu près à leur dixième tentative, sans succès. Les deux jeunes joueurs du FC Sion essayaient tant bien que mal de marquer en demi-volée depuis… derrière le but, en imprimant un effet rétro à leur frappe. Rien à faire, la balle ne voulait pas entrer. Et puis, Anto Grgic est arrivé, tout sourire. Un essai pour se chauffer et le deuxième en plein dans le but. Les deux gamins, dégoûtés, n’ont pu que s’incliner devant la maîtrise technique du milieu de terrain de 21 ans. Quelques minutes plus tard, on a retrouvé le Zurichois, prêté par Stuttgart jusqu’en juin 2019.

Anto, d’où vous viennent ces qualités techniques?

En fait, j’ai toujours envie de m’amuser, comme quand j’étais petit. C’est comme ça que j’ai travaillé la technique, sans y faire vraiment attention, juste en jouant avec mes copains.

En bas de la rue, chez vous à Schlieren, dans la grande banlieue zurichoise?

Oui, exactement. C’est un coin où il y a beaucoup de bons footballeurs. Pour moi, quand j’étais gamin, il n’y avait que deux choses: l’école et le football. Je jouais le plus possible avec mes copains.

Y a-t-il d’autres gamins de Schlieren qui sont devenus professionnels?

Oui, Shkelzen Gashi vient du même bloc d’immeubles que moi. Et Mateo Matic vient du quartier aussi.

Cette passion du foot, elle vous vient donc de vos copains d’enfance, mais aussi un peu de votre famille?

Ah oui, clairement. Mon père a joué au foot en Croatie et en Suisse aussi. C’est de là que ça vient, il m’a donné le goût.

Vous étiez un supporter de GC ou du FCZ quand vous étiez gamin?

Non, pas vraiment. C’était plutôt l’AC Milan ou le Real Madrid (sourire).

Pourtant, vous avez joué pour les deux!

Oui, mais ce n’est rien de vraiment spécial…

Comment ça?

En fait, j’ai commencé à GC, qui a le meilleur système de formation à Zurich jusqu’en M12 ou M13. Et à 13 ans, j’ai changé pour aller au FCZ, qui est plus performant dès cet âge-là. Il n’y a rien d’exceptionnel là-dedans.

Les fans ne vous l’ont jamais reproché un peu plus tard?

Non, non. Je n’étais de loin pas le seul, c’était vraiment courant. Ce n’est pas comme si j’étais passé du FCZ à GC lorsque j’étais adulte. Là, ça aurait été un peu plus compliqué, je pense (rires).

Vous ne pourriez pas jouer pour GC maintenant?

Non, je ne crois pas.

Vous êtes parti très jeune à Stuttgart où vous n’avez pas beaucoup joué. Avec le recul, referiez-vous le même choix?

Oui, définitivement. Ce n’était pas une erreur, au contraire.

Alors pourquoi ça n’a pas fonctionné, en tout cas pour l’instant?

Il y a différentes raisons. Je n’y ai sans doute pas montré mes meilleures performances lorsque j’ai été appelé à jouer, c’est une chose. Ensuite, l’entraîneur avait son équipe, ça tournait bien et c’était compliqué de réintégrer le onze. Et j’ai eu une petite blessure pas forcément au bon moment. Voilà, c’est un ensemble de raisons.

Et cet hiver, Stuttgart vous prête pour dix-huit mois à Sion. Pourquoi ce choix? On a lu que vous étiez en contact avec Lugano aussi…

J’avais plusieurs possibilités (sourire). J’ai choisi Sion parce que c’était la meilleure décision à prendre, tout simplement.

Mais Sion était dernier du championnat…

J’ai regardé l’effectif, j’ai vu qu’il y avait beaucoup de qualité dans le groupe… et je ne me suis pas trompé. On a fait ce qu’il fallait pour se sauver et on espère faire encore mieux cette saison.

La troisième place, c’est jouable?

Je n’ai pas envie de trop réfléchir au classement, pour être honnête. Jouons chaque match du mieux possible et on verra. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a beaucoup de qualité dans ce groupe.

Et de très belles performances de votre part. Vous avez déjà marqué trois fois cette saison et on sent que vous avez plus envie de vous projeter vers l’avant, à l’image du 3-0 contre Xamax…

C’est juste, j’ai envie de franchir ce palier, pour être encore plus utile à l’équipe. On joue un système où l’entraîneur nous demande à nous, les milieux de terrain, de nous projeter, d’aller de l’avant. J’apprécie et j’espère que je vais continuer à marquer le plus souvent possible!

Tiens, d’ailleurs, si Alexandre Song signe, vous seriez peut-être amené à monter d’un cran et à jouer en numéro 10?

Je peux jouer à ce poste, en tout cas.

Voilà sept mois que vous êtes ici à Sion. Que pensez-vous de ce club, que vous ne connaissiez que comme adversaire?

C’est drôle, parce que de l’extérieur, on entend parler de chaos, de nervosité, de changements permanents… et en fait, c’est tout le contraire. J’ai découvert un club où on travaille dans la sérénité, où les conditions d’entraînement sont impeccables et où sportivement, il est possible de s’épanouir. Je suis quelqu’un de très tranquille et le reste ne me regarde pas. Comme adversaire, je n’aimais pas trop venir à Tourbillon, mais maintenant que j’y joue, j’apprécie le soutien des supporters, ils sont au top.

Et la vie dans la région?

Génial. Les montagnes, les paysages, la tranquillité… Le beau temps aussi, même un peu trop ces derniers temps (sourire).

Vous êtes tout seul en Valais?

Oui, mais ma famille vient souvent me voir. Ma copine me rend visite depuis Zurich, donc tout va bien. Je ne m’ennuie pas, si c’est ça la question!

Vos performances depuis février vous valent l’intérêt de plusieurs clubs, dont la Fiorentina, a-t-on pu lire récemment. A quel point cela influence-t-il votre jeu et votre état d’esprit?

A zéro. J’ai un agent qui s’occupe de ça. On fonctionne comme ça: s’il y a quelque chose de concret, il m’appelle. Et là, il ne m’a pas appelé. Donc en ce qui me concerne, il n’y a rien à réfléchir.

Mais quand même, quand on a goûté à l’étranger, on a envie de retourner en Bundesliga, en Italie ou ailleurs, non?

Je ne raisonne pas ainsi. Je ne pense qu’à Sion et à rien d’autre.

Et l’équipe de Suisse A, vous y pensez un peu? Vous jouez avec les M21, vous êtes performant en Super League et il ne vous a pas échappé que Vladimir Petkovic a l’intention de rajeunir l’équipe ces prochaines semaines…

Oui, bien sûr que j’ai vu. Jouer pour son pays, c’est un rêve. Si le téléphone arrive, je serais évidemment heureux, mais tout ce que je peux faire, c’est jouer du mieux possible. Une convocation ne dépend pas de moi, donc de nouveau, je ne veux pas me prendre la tête avec ça. Par contre, tout faire sur le terrain pour le mériter, oui.

Et si la Croatie vous appelle en premier?

Sincèrement, ça fait longtemps que je n’ai aucun contact avec la Fédération croate. Ma priorité, c’est la Suisse.