Drame de Furiani

02 mai 2012 11:08; Act: 02.05.2012 12:00 Print

Il y a 20 ans, la tribune d'un stade s'effondrait

Vingt ans après la catastrophe de Furiani, avec ses 18 morts et plus de 2000 blessés qui ont traumatisé la Corse et le monde du football, le souvenir reste douloureux pour les victimes.

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23 mai 1964 : 320 morts et un millier de blessés au cours d'un match Pérou-Argentine au stade Nacional de Lima (ici rénové), à la suite d'un mouvement de foule dans les tribunes. Les portes du stade étant fermées, les supporteurs ne peuvent pas s'échapper et meurent piétinés ou asphyxiés. 10 mai 2001 : 126 morts à Accra (Ghana) à la fin du match entre Hearts of Oaks et Kumasi quand des supporteurs de Kumasi, mécontents de la défaite de leur équipe jettent des projectiles et cassent des sièges. La police tire des grenades lacrymogènes. Voulant s'enfuir, les spectateurs trouvent les portes fermées. 15 avril 1989 : 96 supporteurs de Liverpool (Angleterre) meurent dans une bousculade dans les tribunes vétustes du stade de Hillsborough à Sheffield. Il s'agissait de la demi-finale de la Coupe d'Angleterre entre Liverpool et Nottingham Forest. 2 janvier 1971: 66 morts au cours du derby Rangers-Celtic (Ecosse) dans un mouvement de foule dans une tribune de l'Ibrox Stadium. Le choc est d'autant plus grand que le stade avait déjà connu une catastrophe avec 26 morts en raison de l'effondrement d'une tribune pendant un Écosse-Angleterre en 1902. 11 mai 1985 : 56 morts dans l'incendie dans la tribune principale en bois au cours du match Bradford-Lincoln City (Angleterre). 17 février 1974 : 48 morts et 47 blessés à la suite de l'entrée de 80'000 personnes dans un stade de 40'000 places en Egypte. 11 avril 2001 : 43 morts dans une gigantesque bousculade au stade d'Ellis Park à Johannesburg (Afrique du Sud)au cours d'un match de championnat Orlando Pirates-Kazser Chiefs. Des milliers de supporteurs sans billet ont forcé l'entrée du stade déjà plein. 13 janvier 1991: 40 morts à Orkney (Afrique du Sud) dans des affrontements pendant un match Orlando Pirates-Kaizer Chiefs après l'annulation d'un but par l'arbitre. 29 mai 1985: 39 morts dans le stade du Heysel à Bruxelles. Avant le début de la rencontre entre Liverpool et la Juventus, des hooligans anglais envahissent une tribune où se trouvent de nombreux tifosi de la Juve. Des grilles de séparation et un muret s'effondrent sous la pression de la foule. 5 mai 1992 : 18 morts et plus de 2300 blessés dans le stade Furiani à Bastia (Corse). Peu avant la demi-finale de la Coupe de France entre Bastia et l'Olympique de Marseille, une tribune provisoire de 10'000 places érigée au mépris de nombreuses règles de sécurité s'effondre.

Les drames liés au football depuis 1964

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Ecoeurés par «la course au fric» et l'irresponsabilité qui provoquèrent la tragédie du 5 mai 1992, les victimes réclament encore l'application d'une promesse officielle de ne plus disputer de match professionnel un 5 mai. Leur amertume est amplifiée par l'état du stade Armand-Cesari, dans lequel des dizaines de millions d'euros ont été engloutis depuis vingt ans et dont la rénovation n'est toujours pas achevée.

C'est pourtant dans cette enceinte enclavée - et dont certaines parties reconstruites sont en piteux état - qu'évolue toujours le Sporting Club de Bastia, véritable locomotive du sport corse. C'est là que mardi soir le SCB a gagné le droit de retrouver la Ligue 1 en s'assurant le titre de champion de 2e division via une victoire 3-0 contre Metz. Vigie de la mémoire, une stèle portant les noms des 18 morts a été érigée à l'entrée du stade.

Première catastrophe du foot business

Le 5 mai 1992, quelques minutes avant le coup d'envoi de la demi-finale de Coupe de France opposant le SCB à l'Olympique de Marseille, dans le stade chauffé à blanc, une tribune métallique géante de 10 000 places s'effondrait comme un château de cartes. «En quelques secondes la fête a basculé dans l'horreur» et «le stade en liesse est devenu un champ de bataille», témoignent des survivants de cette «première catastrophe du foot business», selon les mots de l'actuel président de la Ligue corse de football, Marc Riolacci.

Les joueurs seront les premiers à porter secours aux victimes enchevêtrées dans l'amas de tubes et de poutrelles métalliques de la tribune Nord. Toute la nuit, une noria d'hélicoptères se posant sur la pelouse emportera les blessés et les morts. Tous avaient été pris au piège d'une tribune montée à la hâte pour augmenter la capacité du vétuste stade de Furiani, une commune du sud de Bastia. L'échafaudage, haut d'une vingtaine de mètres, fut édifié en une semaine à la demande de la direction du SCB.

L'enquête révèlera des malfaçons, comme l'utilisation de matériaux incompatibles, et des irrégularités juridiques en matière de sécurité, avalisées par l'administration, dans l'installation d'un ouvrage nécessitant un mois de travail par des personnels spécialisés. Deux ans et demi plus tard, seul l'ingénieur de la société continentale ayant monté la tribune sera condamné à une peine de prison ferme, pour homicides et blessures involontaires.

Double billetterie

La double billetterie mise en place pour ce match exceptionnel et les malversations financières qu'il généra furent aussi peu évoquées au procès auquel était absent le président du SCB, Jean-François Filippi, celui qui avait passé commande de la tribune. Il avait été assassiné une semaine avant le procès.

«Nous pensions que la justice passerait, mais personne n'a assumé ses responsabilités. Les victimes ont été oubliées. Tout ça pour du fric, c'est indécent», déplore aujourd'hui Vanina Guidicelli, dont le mari, Pierre-Jean, journaliste, est mort de ses blessures dans un hôpital marseillais.

A la tête d'un collectif des victimes, Mme Guidicelli mène depuis un combat opiniâtre pour qu'aucun match professionnel ne soit plus disputé un 5 mai, comme l'avait promis le président François Mitterrand, dont l'engagement ne fut pas suivi d'effets. Soutenu par la population insulaire, le collectif a obtenu cette année le report de la finale de Coupe de France prévue le 5 mai. Mais il souhaite que cette commémoration soit pérennisée, «comme cela se fait en Angleterre où l'on ne joue plus aucun match les 15 avril et 29 mai, suite aux drames de Hillsborough et du Heysel».

Un reportage de W9 sur la catastrophe:

(ats)