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22 février 2020 14:01; Act: 22.02.2020 15:36 Print

Le football grec est au bord de l'implosion

Le choc entre PAOK et Olympiakos, ce dimanche, attise encore un climat déjà très explosif.

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En 2017 déjà, un match PAOK-Olympiakos avait tendance à dégénérer... (Photo: Keystone)

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Choc explosif dans un contexte brûlant: l'Olympiakos se déplace dimanche chez son rival le PAOK Salonique, champion en titre, pour un duel sous tension, à la veille d'une visite de la FIFA et de l'UEFA, cruciale pour la survie d'un football grec en pleine crise. Entre les clubs du Pirée et de Thessalonique, qui occupent dans cet ordre les deux premières places du Championnat, la rivalité dépasse le cadre sportif.

Plus de 500 policiers sont attendus aux abords du stade pour cette rencontre classée à hauts risques. «Les mesures de sécurité seront très strictes et un filet de protection séparera les tribunes du terrain pour éviter que des projectiles atteignent la pelouse», rapporte Nikos Siriodis, commentateur à Sport 24. «Personne ne peut prévoir ce qu'il va arriver» dans ce climat délétère, estime-t-il.

L'opposition des deux grands ennemis a pris une ampleur inédite en décembre, lorsque l'Olympiakos a accusé le propriétaire du PAOK de détenir des parts d'un autre club de première division, Xanthi, pratique illégale passible d'une relégation. Saisie, la délégation du sport professionnel a conclu à l'irrégularité. Mais face aux protestations du PAOK et soucieux de préserver la paix sociale dans un pays polarisé, le gouvernement a fait passer un amendement à la hâte pour éviter la descente du club Noir et Blanc, transformant la sanction en un retrait de 5 à 10 points.

«Personne n'est satisfait»

«Le gouvernement a agi pour éviter de couper le pays en deux mais a aggravé la situation. Personne n'est satisfait, estime le commentateur sportif Dimitris Tomaras auprès du site Gazzetta.gr. Il s'agit d'une ingérence de l'État dans les affaires d'une Fédération sportive indépendante, ce qui n'existe dans aucun autre pays.» Il estime qu'alléger la sanction pourrait en fait conduire à ouvrir «la boîte de Pandore à la triche» et à une différence de traitement, selon l'importance et la popularité d'un club.

L'Olympiakos attend que la justice grecque du sport «applique les sanctions prévues, à savoir la rétrogradation du PAOK en deuxième division», a confié à l'AFP un membre du club. De son côté, le PAOK nie les accusations et dénonce une «machination» orchestrée par Athènes pour favoriser l'équipe du Pirée. Le gouvernement se trouve écartelé entre deux présidents de club par ailleurs puissants hommes d'affaires et de médias, dont les intérêts vont bien au-delà du football.

Président du PAOK depuis 2012, Ivan Savvidis est considéré comme l'homme fort du Nord de la Grèce où ses nombreux investissements en temps de crise lui confèrent un statut d'intouchable. En 2018, des images de cet ancien député au Parlement russe, revolver à la ceinture sur un terrain pour contester une décision d'arbitrage, avaient fait le tour du monde. À la tête de l'Olympiakos depuis 2010, Evangelos Marinakis détient l'une des plus grandes sociétés de transport maritime au monde. Cet armateur proche du parti au pouvoir Nouvelle Démocratie (ND), dont le nom est associé à une affaire de trafic de drogues et un scandale de matchs truqués, jouit d'une cote de popularité extrêmement élevée chez les nombreux supporters de l'Olympiakos.

La menace d'un «Grexit»

La crise du football grec a déjà eu un impact sur la majorité gouvernementale. L'ancien capitaine de la sélection grecque et idole du PAOK, Theodoros Zagorakis, député européen ND depuis 2010, a été exclu du parti pour avoir manifesté publiquement son désaccord avec le gouvernement. Le sous-secrétaire chargé des Sports Lefteris Avgenakis a quant à lui été écarté pour sa mauvaise gestion des événements. Le Premier ministre conservateur est lui-même personnellement intervenu dans cette crise, menaçant fin janvier de suspendre le championnat. Et c'est Kyriakos Mitsotakis lui-même qui a invité la FIFA et l'UEFA en Grèce pour la signature d'un «memorandum afin de refonder» le foot grec.

«Le président de l'UEFA Aleksander Ceferin et le vice-président de la FIFA Greg Clarke doivent contribuer, avec leur prestige et leurs connaissances, à la consolidation du travail pour transformer le football grec», a précisé le porte-parole du gouvernement grec Stelios Petsas. Les deux hommes sont attendus à Athènes lundi et mardi, selon un expert indépendant pour la FIFA et l'UEFA. Le but de la visite: éloigner la menace d'un «Grexit», c'est-à-dire l'exclusion de la Grèce des compétitions européennes.

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(nxp/afp)