Mondial 2014

23 mai 2014 12:10; Act: 23.05.2014 12:15 Print

Les serpents devront se méfier des supporters

Les fans qui viendront assister à des matches de la Coupe du monde 2014 à Manaus croiseront des reptiles. Ce sont toutefois les serpents qui courent le plus de risques dans cette rencontre.

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Le 14 juin, cette ville du nord accueillera un de ses quatre matchs du tournoi avec l'affiche Angleterre - Italie. Les tabloïds britanniques ont profité de ce rendez-vous pour prévenir les fans des multiples dangers qu'ils allaient affronter, des gangs criminels aux serpents venimeux. Le sélectionneur Roy Hodgson a récemment irrité la population locale en déclarant que Manaus était justement la ville que son équipe voulait éviter...

Les supporters baroudeurs, qu'ils soient anglais, italiens, honduriens ou suisses, pourront toujours lire un guide qui énumère les 65 espèces de serpents locaux, élaboré par l'Institut national de recherches amazoniques (INPA). Le guide, publié en portugais et en anglais, tente de «démythifier la mauvaise image» que les gens peuvent avoir de ces reptiles.

William Magnusson, un universitaire australien installé à Manaus depuis 34 ans, est l'un de ses rédacteurs, avec son épouse brésilienne Albertina Lima. A-t-il déjà été mordu ? «Une vipère bothrops m'a mordu une fois, je montrais à quelqu'un comment la prendre», se souvient le chercheur.

En Australie, les serpents sont «généralement timides et fuyants», explique-t-il, mais au Brésil, beaucoup «attendent pour prendre leurs proies en embuscade, et il est donc plus probable de leur marcher dessus. La morsure de serpent est donc un plus grand problème en Amérique du Sud qu'en Australie».

Albertina Lima avance cependant que les serpents, et donc Manaus, pâtissent d'une mauvaise presse imméritée. «Malheureusement, nous n'aurons pas d'exemplaires du guide en nombre suffisant» pour le remettre à tous les supporters à l'aéroport. «Mais ce serait intéressant de pouvoir le faire: les serpents sont des créatures incroyables».

Faisant référence à la réputation des hooligans anglais, elle lance même: «Les hommes sont plus venimeux et dangereux. c'est d'eux qu'il faut se prémunir !»

Rafael de Fraga, autre scientifique qui a contribué au guide, signale à l'AFP qu'il n'y a qu'une poignée de serpents venimeux à Manaus et dans ses alentours: «Nous avons cinq serpents corail, le maître de la brousse (le plus grand serpent venimeux d'Amérique latine, de plus de trois mètres, ndlr), et la vipère bothrops».

«Vous pourrez trouver quelques specimens dans les secteurs urbains périphériques, principalement près des aires forestières où très peu de touristes s'aventurent, et certainement pas des supporters anglais», précise-t-il.

«Le maître de la brousse peut tuer, mais c'est très rare à Manaus. Je n'en ai vu qu'un depuis huit ans que je suis ici. La vipère bothrops peut représenter une menace pour les visiteurs s'ils se promènent dans la jungle. Les serpents se camouflent très bien, et il faut donc porter des bottes en caoutchouc... et avoir un bon guide», souligne-t-il.

Il exhorte aussi les touristes de ne pas leur faire de mal. «En tuer un est comme soulever un trophée, un symbole de machisme», estime-t-il.

Le livre pratique affirme qu'au Brésil, «peu d'espèces sont suffisamment venimeuses pour occasionner des blessures sérieuses, et la majorité sont totalement inoffensives pour l'être humain».

On recense 150 espèces de serpents dans la région amazonienne. Les supporters devront cependant faire attention s'ils observent un anaconda, qui mange jusqu'à des caïmans.

Mais William Magnusson assène que les tabloïds britanniques se trompent quand ils suggèrent que la ville est un enfer infesté de serpents: «Il est possible d'être mordu par un serpent, mais c'est hautement improbable. On pourrait aussi en trouver un en plein centre de Londres !» Et l'universitaire australien considère son travail «beaucoup moins dangereux que d'aller à un match de foot».

En somme, les serpents ne sont pas du tout ce qu'il y a de plus redoutable à Manaus, assurent William Magnusson, Rafael de Fraga et Chris Westwood, un blogueur britannique qui a vécu dans cette ville-hôte du Mondial pendant deux ans.

«Je recommande aux gens de faire plus attention aux menaces réelles, comme les agressions, les accidents de la route, ou une éventuelle manifestation», avertit Rafael de Fraga.

(ats)