15 août 2014 10:45; Act: 15.08.2014 10:59 Print

Milz, le Romand qui dirige l'athlétisme européen

par Jean-Philippe Pressl-Wenger, Zurich - Depuis 9 ans, le directeur d'European Athletics est neuchâtelois. Durant les Championnats d'Europe de Zurich, il a pris le temps d'évoquer les défis liés à son travail. Interview.

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Christian Milz, directeur général d'European Athletics. (Photo: Keystone/Salvatore di Nolfi)

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D'abord actif dans le domaine bancaire de la région neuchâteloise, son parcours professionnel l'a doucement amené vers le poste qu'il occupe avec bonheur depuis bientôt une décennie.

Christian Milz, comment passe-t-on du monde des banques à celui du sport professionnel?
J'ai toujours souhaité voir différentes choses dans mon parcours professionnel. Après 12 ans de travail dans le domaine bancaire, j'ai eu la possibilité de rejoindre IMG (société active dans plusieurs sports, marketing, droits, etc). J'avais 24 heures pour me décider. Ils avaient des soucis au niveau du budget en ce qui concernait leurs activités liées au ski alpin. Comme je savais compter, tout s'est bien passé. J'ai ensuite géré d'autres dossiers et je suis resté sept ans.

Et qu'est-ce qui vous a poussé à bouger encore?
J'avais envie de travailler avec des objectifs à plus long terme. De manière plus cohérente et plus crédible. Car dans ce genre de société, tout se résume souvent au chiffre que le mandat vous rapporte. Alors qu'avec une fédération, on peut vraiment travailler sur le produit, les finances, les droits. La Fédération d'athlétisme cherchait quelqu'un qui avait de l'expérience dans les droits de télévision et dans le marketing. Je ne suis pas un spécialiste d'athlétisme, mais j'ai su me faire accepter.

Quels sont les changements qui sont en route dans l'athlétisme européen?
Dans l'athlétisme, on reste très traditionnels. Du coup, il reste beaucoup de potentiel d'évolution. Je ne veux pas me cacher derrière le fait que nous sommes, en tant que Fédération continentale, coincés entre les organismes nationaux et la fédération mondiale (IAAF). Ce n'est pas une excuse, mais nous n'avons pas beaucoup d'emprise sur les décisions a niveau mondial. J'aimerais pouvoir amener de nouvelles choses, ou réfléchir sur comment, dans vingt ou trente ans, on consommera l'athlétisme.

Vous êtes pourtant le continent qui organise le plus de compétitions pour l'élite. Comment se fait-il que votre voix ne pèse pas plus?
Les décisions importantes doivent passer devant le Congrès de l'IAAF. Au total, ce congrès regroupe 212 membres. L'Europe, si elle est unie, en représente 50. Trop de démocratie tue la démocratie. Tous les athlètes du monde entier viennent gagner leur vie en Europe, où se tiennent plus de 70% des événements majeurs. Malgré tout, on n'a que très peu d'influence.

Le Président de European Athletics, Hans-Jörg Wirz est aussi Suisse. Cela ne fait-il pas un peu grincer des dents les autres nations?
Non, car ils savent que nous travaillons pour le bien de l'Europe. Et notre siège, pour une question stratégique se trouve en Suisse depuis 2004. Le Président a 70 ans et ne se représentera pas l'année prochaine, car nos statuts ne le lui permettent pas. Pour ce qui est du personnel, 70% de celui-ci n'est pas suisse. Mais je les mets toujours en garde qu'il n'est pas facile de s'intégrer socialement à Lausanne. Chapeau à ceux qui y parviennent.

Et pour vous, ce poste de Président vous intéresse-t-il?
Jamais! Non, je ne suis pas un politicien. Je suis vraiment bien dans mon rôle et on verra ce qui se passe au moment où le nouveau Président sera élu en avril 2015. J'ai une relation fabuleuse avec Hans-Jörg Wirz, il m'a quasiment tout appris, une page va donc se tourner. Mon objectif demeure que l'athlétisme européen puisse continuer à se développer, et que je puisse continuer d'y participer.