Football

07 février 2019 10:37; Act: 07.02.2019 10:37 Print

Quand le foot change le visage du Golfe

La victoire du Qatar en Coupe d'Asie, qui se déroulait aux Émirats arabes unis, a aggravé les divisions.

storybild

A Doha, le sacre du Qatar a été célébré comme il se doit. Ce qui pourrait envenimer les relations avec les autres pays du Golfe. (Photo: Keystone)

Une faute?

La victoire du Qatar à la Coupe d'Asie de football est peut-être un triomphe sportif mais elle risque de coûter cher à ce petit émirat gazier du Golfe, déjà soumis à un embargo de ses voisins, affirment des analystes.

En battant le Japon 3-1 en finale le 1er février dernier, le Qatar a remporté un succès historique dans une épreuve qui se déroulait à Abou Dhabi, capitale des Émirats arabes unis, un des pays du Golfe les plus hostiles au Qatar avec l'Arabie saoudite.

Ce triomphe, qui a provoqué des scènes de liesse à Doha, pourrait envenimer les relations avec Ryad, le Bahreïn, l'Égypte et les Émirats, qui ont rompu leurs liens en juin 2017 avec l'émirat gazier en l'accusant de soutenir des groupes extrémistes, ce que Doha nie. «Si (le pouvoir à) Abou Dhabi ressent de l'amertume sur la façon dont s'est déroulé le tournoi qu'il accueillait, cela pourrait se transformer en une escalade de rhétorique contre le Qatar», affirme à l'AFP Kristian Coates Ulrichsen, chercheur à l'Université Rice aux Etats-Unis.

«La réaction à la victoire du Qatar a aggravé les divisions dans le Golfe», ajoute-t-il, expliquant: «Les Omanais et les Koweïtiens se sont réjouis du succès qatari et l'ont fait de manière très visible pour souligner qu'ils rejetaient les tentatives (...) d'isoler le Qatar dans la région.»

Mercredi, les Émirats arabes unis ont démenti qu'un homme de 26 ans, ayant la double nationalité soudanaise et britannique, ait été arrêté pour avoir porté un maillot de l'équipe du Qatar, affirmant qu'il était détenu pour fausses déclarations et pour avoir sollicité la police inutilement.

Dimension géopolitique

Au-delà du sport, la toute première victoire du Qatar en Coupe d'Asie revêt des symboles géopolitiques. Elle a permis d'apporter une réponse sur le terrain à ceux qui dénonçaient le choix du Qatar comme pays hôte du Mondial 2022 en arguant du manque de légitimité de ce petit pays en matière de football.

En sept matches, le Qatar a marqué 19 buts, n'en encaissant qu'un seul, et a battu trois équipes qualifiées pour le dernier Mondial 2018 en Russie. Pour cet émirat, qui a dépensé des fortunes pour faire éclore des talents qataris dans l'académie Aspire de Doha créée en 2004, c'est aussi la consécration de sa politique sportive: 13 des 23 coéquipiers étaient issus de cette école, dont le meilleur buteur du tournoi, Ali Almoez.

Jets de chaussures, etc.

Mais cette victoire dépasse les simples ambitions liées au ballon rond: elle est une manière pour Doha de prendre sa revanche contre les pays lui ayant imposé un embargo diplomatique et économique. Le petit mais richissime pays reste ostracisé par ses puissants voisins depuis 20 mois.

Or, sur le gazon, le Qatar a battu l'Arabie saoudite (2-0) puis, en demi-finale, les Émirats (4-0), malgré des jets de chaussures et de projectiles de supporteurs émiratis. Pour certains Qataris, cette dernière victoire a été encore plus savourée que celle contre le Japon en finale. Beaucoup l'ont célébrée à Doha en levant quatre doigts, à l'image des quatre pays leur imposant un embargo.

Ce geste avait également été utilisé par les partisans des Frères musulmans en Égypte, une confrérie soutenue par le Qatar après la destitution du président islamiste Mohamed Morsi en 2013.

L'équipe victorieuse, qui a dû jouer tous ses matches quasiment sans supporters - interdits d'entrée aux Émirats -, a été accueillie à son retour au pays par l'émir cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani en personne.

«Cette victoire souligne la capacité du Qatar à avancer seul, peu importe les obstacles», estime James Dorsey, analyste à la S. Rajaratnam School of International Studies de Singapour.

Football

(nxp/afp)