Football

04 août 2018 17:33; Act: 04.08.2018 19:09 Print

Raphael: «Je disais à mes parents que tout allait bien»

par Tim Guillemin - Le nouveau défenseur central du FC Sion a une histoire très particulière. A 22 ans, il a quitté le Brésil pour se retrouver en septième division anglaise! Il a tenu le coup et y a lancé sa carrière. Interview.

storybild

Raphael Rossi Branco a connu un parcours tumultueux avant d'atterrir à Tourbillon. (Photo: Keystone)

Une faute?

Aujourd'hui âgé de 28 ans, Raphael Rossi Branco est déjà l'un des hommes forts du FC Sion. Ce très solide et très agressif défenseur central a marqué une fois (à Saint-Gall) et a surtout imposé son physique et son sens du placement dans une charnière qui avait le gros point faible du FC Sion à l'automne dernier. Avec le Brésilien, le problème est réglé. Et bien réglé.

Tiens, déjà, comment souhaitez-vous être appelé? Raphael? Rossi? Branco?

Je ne peux même pas vous répondre (rires). En fait, en Angleterre c'était Branco. Au Portugal, Rossi. Et au Brésil, on me dit Raphael ou simplement «Rafa». Tout me va, je ne vais pas me formaliser. Ce sont mes trois noms, tout simplement.

Vous avez été formé dans de très grands clubs au Brésil, Corinthians et Cruzeiro. Or, vous vous retrouvez à 22 ans en septième division anglaise. Racontez-nous un peu cette trajectoire

C'est une histoire simple et compliquée à la fois. Je jouais effectivement au Brésil, tout se passait bien et à 21 ans, Gustavo Poyet a contacté mon agent. Il m'avait repéré et il voulait me faire venir en Angleterre. Il entraînait Brighton à l'époque. Je n'ai pas hésité, c'était l'occasion de découvrir l'Europe dans un championnat de premier plan, en plus avec un entraîneur sud-américain qui me connaissait et voulait me faire venir. Toutes les conditions étaient réunies pour y aller.

Sauf qu'à Brighton, vous ne jouez pas pendant une année.

Pour des raisons administratives. Mes grands-parents sont de Calabre, donc j'ai effectué les démarches pour obtenir le passeport italien. Le problème, c'est qu'obtenir un permis de travail pour l'Angleterre a pris un temps fou. J'ai passé une saison blanche. Pas un seul match.

Pour une première expérience à l'étranger, il y a mieux

C'était difficile, évidemment. Je débarquais dans un pays dont je ne connaissais pas la langue et la culture. Et en plus, je ne pouvais pas jouer! Dans la tête, c'était dur.

Et c'est là que vous vous retrouvez en septième division

Exactement, quatre mois, de janvier à mai. J'ai joué à Whitehawk, un club amateur de Brighton.

C'était comment?

«Ugly football» (rires). Avec le recul, je le dis honnêtement, c'était une expérience qui m'a aidé à grandir. Mais ce n'est pas ce que je disais sur le moment. Mettez-vous à ma place: j'étais un jeune Brésilien, à l'aube d'une carrière professionnelle, et je me retrouve en septième division dans un club amateur, sans argent. Je n'osais rien dire à mes parents.

Vous les appeliez?

Oui, bien sûr. Je leur disais: tout va bien, je suis heureux. C'était un mensonge. Je ne pouvais pas leur dire la vérité.

Vous avez hésité à rentrer?

Non, pas un seul instant. Enfin, pour être franc, j'en ai eu envie plusieurs fois. Mais ce n'était pas envisageable. Je ne pouvais pas rentrer au Brésil et dire: «J'ai échoué». Je devais rester fort et continuer à travailler. Même si c'était dur.

Sur le terrain, c'était comment?

Très agressif. Très dur. Les arbitres qui ne sifflent rien, qui ne mettent jamais un carton. De la pluie, du vent. Tout ce que pouvez imaginer quand vous entendez parler de septième division anglaise (rires).

Il y avait du monde au stade?

1000 à 1500 spectateurs, je dirais. Attention, ce n'était pas non plus un cauchemar. Mais c'était difficile, loin de mes ambitions de départ.

Et puis est arrivé Swindon Town, en troisième division.

Oui, en 2013. J'y ai passé quatre années très importantes, à un niveau évidemment supérieur. C'est là que ma carrière a décollé, que je me suis fait connaître. On a même fait les play-off pour l'accession au Championship, mais on les a perdus.

Et là, en 2017, vous quittez l'Angleterre.

Oui, ça ne fait qu'une année finalement. J'y suis resté six ans et je m'y suis développé en tant qu'homme et en tant que joueur. C'est pour ça que je ne regrette rien, toutes les expériences sont bonnes à prendre. Mais c'est vrai que mon début de carrière a été surprenant (sourire).

Et à Boavista, c'est l'explosion. Pourquoi avoir décidé de quitter ce bon club du championnat portugais pour signer à Sion, dans un championnat moins relevé?

Je ne suis pas tout à fait d'accord avec vous. Il me restait une année de contrat avec Boavista et vu la belle saison que je venais de faire, j'avais plusieurs options cet été. En venant à Sion, je fais un pas en avant dans ma carrière. Je rejoins un club ambitieux, comme moi.

Vous connaissiez le FC Sion avant de signer?

Oui, bien sûr. Je suis un vrai passionné de football, je regarde le plus possible de matches. Roberto Assis, Tulio Je sais même que Ronaldinho est passé ici! Sion, c'est un nom qui parle. Et je suis heureux de découvrir la Suisse, je suis quelqu'un qui aime apprendre. Je me réjouis d'ailleurs de parler français, ce sera un atout en plus pour moi dans ma vie.

Il n'y a donc pas que le football dans votre existence?

Non, en effet. Je suis curieux de tout. J'aime savoir où je suis, m'imprégner du lieu où je vis.

Vous êtes tout seul ici?

Non, je suis venu avec ma femme Natalia et ma fille Antonella, elle a trois ans. Elle parle déjà anglais et portugais et dès qu'elle ira à la crèche, elle apprendra le français. Sincèrement, je me réjouis de ce qui nous attend à Sion.

Vous ne dites pas ça pour nous rassurer, comme vous mentiez à vos parents lorsque vous étiez à Whitehawk?

Non, non (rires). Cette fois, c'est vrai, je suis heureux.

Football

(nxp)