Foot freestyle

01 novembre 2016 16:32; Act: 01.11.2016 16:49 Print

Un Neuchâtelois va défier l’élite au Mondial de street

par Oliver Dufour, Neuchâtel - Nadir Ben Brahim, 25 ans, va participer au championnat du monde de football freestyle, les 7 et 8 novembre prochains. Rencontre.

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Ses qualités techniques avec un ballon de football, Nadir Ben Brahim peut les exprimer dans n’importe quel décor, que ce soit dans la rue, en pleine nature ou dans une salle de sport. C’est finalement sur la pelouse artificielle du stade de la Maladière, à Neuchâtel, que le jeune artiste a choisi de recevoir «20 minutes» pour une démonstration de ses talents. Citoyen neuchâtelois ayant notamment transité par les rangs juniors de Neuchâtel Xamax, club phare de la ville et du canton, avant de voir ses aspirations de devenir professionnel écartées par une blessure en 2006, le jeune homme reste profondément ancré dans sa région, où il travaille aussi en tant que conseiller en placement. Mais il n’hésite pas à embarquer ballon et baskets pour se produire là où son adresse est requise.

Prochaine destination: Camden Town, quartier emblématique de Londres. C’est là, dans la célèbre salle de spectacles Roundhouse, que se déroulera lundi et mardi prochains le Red Bull Street Style, considéré comme le championnat du monde de football freestyle. «Il s’agit de battles, de duels, comme pour la danse hip-hop, dans lesquels deux adversaires s’affrontent durant trois minutes, avec des passages alternés de trente secondes», explique le Neuchâtelois. «Un jury de quatre personnes note ensuite les concurrents sur la base de critères de style, de contrôle et de créativité. Comme lors d’un match de football, on va bien étudier son adversaire à l’avance, regarder ses vidéos, pour tenter de le contrer en faisant mieux que lui.»

Certains s’entraînent toute la journée

La participation à un Mondial, Nadir Ben Brahim l’avait déjà connue en 2010 au Cap, en Afrique du Sud. Avec un très bon résultat à la clé, puisqu’il avait atteint les huitièmes de finale, faisant partie des seize meilleurs freestylers mondiaux. «J’espère passer les phases de groupe le premier jour et atteindre la phase finale comme la dernière fois», formule le champion de Suisse 2010, qui a ensuite été privé de compétition durant plusieurs années en raison d’une rupture des ligaments croisés du genou. «Le sport a par contre subi une évolution monumentale et le niveau a vraiment augmenté depuis.» Il faudra donc être parfaitement affûté pour se battre au niveau des meilleurs. «De nos jours, certains athlètes s’entraînent huit heures par jour pour progresser, ce qui n’est pas possible pour Nadir, qui travaille à 100%», avertit son manager, Christophe Guillod, lui-même ancien joueur et employé de Neuchâtel Xamax.

Il sera donc difficile de déloger des champions comme le Britannique Andrew Henderson, titré l’an dernier à Salvador, au Brésil, ou le Belge Soufiane Bencok. Tous les participants présents à Londres auront du reste «un niveau incroyable, chacun dans un style qui leur est propre», selon le seul représentant de la Suisse. Mais une «battle» est également un duel tactique et peut parfois très vite tourner à l’avantage d’un concurrent mal parti. «Il faut aussi savoir gérer son passage, souligne Ben Brahim. Si votre adversaire a des ratés sur certains passages, je ne vais pas forcément prendre le risque de tenter les figures les plus difficiles au risque de me rater aussi.»

«Venez faire un concours de petits ponts»

Le style du Neuchâtelois, c’est plutôt celui du danseur hip-hop. «Comme j’ai aussi beaucoup fait de break dance, ça s’inscrit dans mes performances. Il y a ceux qui ne viennent vraiment que du football et qui réalisent la plupart de leurs figures debout, avec les pieds uniquement. Moi je danse plus avec le ballon. Tout comme mon ami belge Soufiane, qui a un style proche du mien. Si on s’affronte ça pourrait d’ailleurs donner une belle bagarre.» Pour Nadir Ben Brahim, l’objectif sera avant tout de représenter le freestyle suisse, «montrer qu’il existe». Une chose qu’il s’efforce d’ailleurs de faire au quotidien avec le collectif neuchâtelois Urban Level, mis sur pieds avec Christophe Guillod. «Nous ne sommes pas nombreux en Suisse, mais nous avons vraiment un bon niveau. En plus notre style particulier est souvent très remarqué», souligne le jeune homme de 25 ans.

A ceux qui ne manqueront pas de lui lancer que le genre de fantaisies qu’il exécute avec un ballon ne servent à rien sur un terrain de football, Nadir Ben Brahim offre toujours la même réponse: «Venez nous affronter en un contre un, on fera un concours de petits ponts et on verra si ça ne sert à rien, rigole-t-il. Mais on peut développer plein de choses sur un terrain. Je joue moi-même encore en 2e ligue et je ne me mets pas à jongler au milieu des joueurs, mais j’ai par exemple considérablement augmenté mon niveau de contrôle du ballon. Et il y a toujours des dribbles de freestyle qu’on peut utiliser en match et ainsi offrir un peu de spectacle! Mais il ne faudra bien sûr pas oublier de développer aussi vitesse, force et vision du jeu.»