Exportation de matériel militaireBerne complique le déminage de l'Ukraine
Alors que la Suisse est leader mondial des véhicules de déminage, l’interprétation stricte de la neutralité suisse depuis l’automne dernier complique leur livraison à Kiev qui en a pourtant un besoin cruel.
La guerre en Ukraine en a fait «le plus grand champ de mines du monde», écrit la NZZ am Sonntag du jour. On estime ainsi que 174 000 kilomètres carrés, soit 40% du pays sont minés ou quatre fois la surface de la Suisse, indique le journal zurichois. Dès lors, des machines de déminage sont plus que nécessaires. Et la Suisse compte des entreprises de pointe en la matière. Mais depuis l’automne dernier, Berne a mis des obstacles à leur livraison à l’Ukraine: les appareils de déminage ont été classés comme biens à double usage, car ils peuvent être utilisés tant à des fins civiles que militaires. Et ce, bien qu'ils se distinguent clairement des équipements militaires tels que les chars de déminage.
Une entreprise suisse, GCS, basée à Freienbach (Schwyz), s’est hissée néanmoins au rang de leader sur le marché ukrainien des machines de déminage. Son atout sur ses concurrents suisses: ses appareils sont fabriqués en Allemagne, près du lac de Constance. Bien que chez nos voisins ces machines soient aussi considérées comme des biens à double usage, les autorités sont moins strictes en la matière. Et GCS va ainsi livrer jusqu'à 30 véhicules, vendus entre 0,5 et 1,5 million de francs selon le modèle, d'ici la fin 2023 à l’Ukraine. Des gardes civils, des policiers et des soldats ukrainiens ont déjà été formés sur l’appareil, le GCS-200 qui peut déminer une surface équivalente à un terrain de football par jour. En Ukraine, GCS a par ailleurs créé des entreprises locales afin de mettre en place le plus rapidement possible des capacités de déminage sur place.
Attitude de Berne « insupportablement décourageante »
Un fabricant concurrent de GCS, Digger à Tavannes (BE), peine à exporter ses machines depuis que Berne les a classées à double usage, comme le déplore Frédéric Guerne, fondateur de l'entreprise: «Chaque machine doit être approuvée par le Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco) avant d'être envoyée. Le projet est examiné dans les moindres détails». Son entreprise veut tout de même livrer deux machines en Ukraine d'ici la fin de l'année, financées entre autres par la Chaîne du Bonheur. Et il espère également pouvoir mettre en place une production en série sur place.