Réforme des retraitesLa France craint de manquer à nouveau de carburant
La situation est très tendue dans les aéroports parisiens, de même que dans les stations-service de tout le pays. Le gouvernement se dit prêt à réquisitionner des grévistes pour faire reprendre les expéditions de carburants.
La France risque-t-elle une nouvelle pénurie de carburant après celle d’octobre 2022? La situation est «critique», à en croire le gouvernement qui se dit prêt à réquisitionner des grévistes pour faire reprendre les expéditions de carburants de la raffinerie de Normandie, la plus grande de France.
La Direction générale de l’Aviation civile prévient depuis plusieurs jours les compagnies aériennes que les réserves de kérosène dans les aéroports de Paris-Charles-de-Gaulle et Paris-Orly sont de ce fait «sous tension».
Ces tensions s’ajoutent à la pénurie croissante d’essence et de gazole dans les stations-service du pays: selon l’AFP, 15% des stations françaises manquaient de l’un ou l’autre de ces carburants jeudi, un taux qui monte à plus de 40% en Loire-Atlantique et dans plusieurs départements de Bretagne.
«Quand tout le monde cherche à remplir son réservoir à 100%, le système n’est pas capable de répondre», a expliqué le PDG d’Esso France, Charles Amyot, jeudi au cours d’une conférence de presse de présentation des résultats financiers.
Selon lui, le problème est d’abord logistique, du côté de l’approvisionnement des raffineries en pétrole brut, certains ports étant bloqués, et du côté des livraisons d’essence aux stations. Idem pour le kérosène, a-t-il dit, pour lequel ce n’est «pas un problème de stock».
Trois salariés réquisitionnés
«Le gouvernement suit la situation heure par heure et département par département avec les professionnels et les préfets. Nous intervenons de manière ciblée pour débloquer les dépôts qui sont entravés par des manifestants. Dès lors que les réquisitions ne pourront être évitées, nous prendrons nos responsabilités», a déclaré la ministre Agnès Pannier-Runacher.
Le gouvernement a réquisitionné pour la première fois trois salariés de la raffinerie Esso de Fos-sur-Mer mardi, et il a renouvelé pour 48 heures ces réquisitions, pour soulager les stations du sud du pays.
Pour le site de TotalEnergies à Gonfreville-L’Orcher, la préfecture n’a pas envoyé de policiers chez les salariés pour remettre les courriers de réquisition mais elle a dépêché un huissier mercredi soir, selon Alexis Antonioli, secrétaire général CGT de la raffinerie.
Jeudi matin, une vingtaine de salariés étaient encore rassemblés avec des syndicalistes, refusant d’entrer dans la raffinerie.
Cette situation n’est pas sans rappeler le mouvement de grève effectué en octobre 2022 pour une hausse de salaire chez les deux grands groupes pétroliers, ce qui avait entraîné de nombreuses pénuries dans tout le pays.