EuropeAntimigrants, mais généreux avec les visas
Les Exécutifs d’extrême droite doivent revoir leur discours face aux pénuries de personnel.

Les chiffres sont tombés cette semaine: en 2023, 380’000 entrées irrégulières ont été recensées dans l’UE, un pic depuis 2016. Des chiffres qui risquent de renforcer le discours antimigrants des extrêmes droites. Celles-ci, toutefois, revoient leurs positions une fois au pouvoir.
Ainsi, l’Italienne Giorgia Meloni dénonçait, en 2017, l’«invasion planifiée» de «500’000 immigrés en trois ans», parlant de «remplacement ethnique». Or celle qui est devenue entre-temps cheffe de gouvernement a discrètement signé, l’été passé, un décret validant l’entrée en Italie de 452’000 travailleurs étrangers pour la période 2023-2025. L’Exécutif a justifié son revirement par les «réalités productives» du pays, où 833’000 travailleurs manquent, notamment dans la pêche ou l’agriculture. Discours et actes se contredisent aussi en Hongrie, dont le Premier ministre Viktor Orban multiplie des diatribes xénophobes. «Ceux qui soutiennent l’immigration soutiennent aussi le terrorisme», déclarait-il en octobre. Budapest multiplie pourtant les délivrances de visa pour compenser le manque de main-d’œuvre. Bâtiment, restauration, industrie… Ces quatre dernières années, le nombre de travailleurs extracommunautaires a doublé, atteignant 73’000 en 2023, surtout venus d’Asie.
Comme l’Italie (1,25 enfant par femme), la Hongrie (1,59) souffre de décennies de faible natalité, ce qui affecte son économie. Une situation qui se retrouve partout sur le continent, faisant craindre à terme une crise généralisée de la main-d’œuvre et des retraites. Cela s’accompagne pourtant de politiques ambivalentes, comme en France, avec sa récente et controversée loi immigration. «Cela revient à dire: «On veut fermer l’immigration, mais on veut choisir nos immigrés», observe le sociodémographe Patrick Simon.