Adecco condamné pour discrimination et fichage racial

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FranceAdecco condamné pour discrimination et fichage racial

Le groupe franco-suisse, leader du placement en intérim, a écopé mercredi d'une amende de 50'000 euros pour des faits remontant à plus de vingt ans.

IMAGO/Zoonar

Adecco a été condamné mercredi à Paris à 50'000 euros d’amende pour discrimination à l’embauche et fichage à caractère racial, plus de vingt ans après les faits.

Le Tribunal correctionnel de Paris a rendu sa décision en se basant sur «un faisceau d’indices» permettant d’établir «l’existence d’un fichage ethnique et d’une discrimination» de la part du géant mondial de l’intérim à l'égard de certains de ses employés.

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Le groupe franco-suisse Adecco, ainsi que deux de ses cadres, étaient poursuivis par d’anciens salariés et des associations antiracistes pour avoir mis en place un système de discrimination fondé sur la couleur de peau, à travers le fichier PR 4, comportant les noms d’intérimaires très majoritairement noirs.

Les prévenus, Olivier P. et Mathieu C., anciens directeurs de l’agence d’intérim Montparnasse, ont quant à eux été condamnés à 10'000 euros d’amende, dont 7000 avec sursis. Le tribunal a reconnu leur implication dans ce «filtrage basé sur la couleur de peau». Même s'ils n'en étaient pas à l’origine, ils n'ont «rien mis en place pour y mettre fin».

Adecco a indiqué à l’AFP prendre «acte de cette décision», ajoutant mener «une politique résolue de lutte contre les discriminations depuis plusieurs années».

Centaines d'intérimaires noirs fichés

Entre 1997 et 2001, l’agence que les deux prévenus dirigeaient dans le quartier Montparnasse, à Paris, aurait ainsi fiché quelque 500 intérimaires noirs, écartés de certaines missions.

Parmi ces personnes, à peine une vingtaine se sont portées partie civile. Et trois d’entre elles seulement avaient accepté de témoigner, brièvement, à la barre durant le procès.

«Apprendre que j’avais été discriminée, ça m’a blessée, ça m’a fait mal (...). Je ne me réduis pas à une couleur de peau», a dit Assa C., en pleurs.

Faits dénoncés en 2001

Une information judiciaire avait été ouverte en 2001 à Paris après une plainte de l’association SOS Racisme, qui avait été alertée par un ancien salarié chargé du recrutement dans cette même agence.

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Spécialisée dans la restauration, cette filiale travaillait notamment avec le Ministère des affaires étrangères, Eurodisney et la Société des wagons-lits. Lors du procès, les prévenus avaient soutenu que le critère PR 4 ne qualifiait pas la couleur de peau mais «un mix de l’expérience professionnelle et du savoir-être du candidat», notamment sa maîtrise du français.

«Je n’ai jamais cautionné ni pratiqué la discrimination, il y a un paradoxe énorme, j’ai passé ma vie à lutter contre la discrimination», avait expliqué à la barre Olivier P., aujourd’hui à la retraite après dix-sept ans au sein d’Adecco.

Des explications «fantaisistes», selon la procureure. «Il faut avoir envie d’y croire», avait-elle alors ironisé.

Pas la première condamnation

SOS Racisme a dit dans un communiqué «se féliciter de cette condamnation majeure mais regretter la longueur affligeante de cette procédure, qui témoigne d’un déni de justice».

En 2007, la Cour d’appel de Paris avait déjà condamné la société «pour des faits similaires», a rappelé la présidente du tribunal.

Dans le cadre d’opérations promotionnelles organisées avec la marque Garnier, l’ancienne filiale événementielle d’Adecco, Districom, aurait précisé à sa maison mère que les animatrices recrutées devaient être «BBR» (bleu, blanc, rouge).

Adecco avait été condamné à 30'000 euros d’amende et 30'000 euros de dommages et intérêts, à verser conjointement avec Garnier.

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(Marine Meunier)

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