TunisieUn ras-le-bol antimigrants qui tourne à l’affrontement
La mort d’un habitant de Sfax a fait augmenter la violence d’un cran, sur fond de xénophobie d’État.
Des centaines de personnes se sont rassemblées dans les rues de Sfax, réclamant le départ immédiat de tous les clandestins. Ils réagissaient à la mort d’un habitant de 41 ans, lundi soir, lors d’affrontements avec des migrants originaires d’Afrique subsaharienne. La deuxième ville de Tunisie, point de départ d’un grand nombre de traversées illégales vers l’Italie, a vu les tensions s’accroître ces derniers mois. Dans les quartiers populaires, les violences verbales et physiques sont fréquentes avec la population, notamment depuis le discours du président Kaïs Saïed. En février, il avait pourfendu l’immigration clandestine, qualifiée de «menace démographique».
«Nous allons venger sa mort», a lancé un groupe de jeunes lors des funérailles du quadragénaire. Sur des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, on pouvait voir des policiers chasser des dizaines de migrants de leur domicile sous les acclamations d’habitants, avant de les faire monter dans des voitures. D’autres montraient des individus à même le sol, les mains sur la tête, entourés par des habitants munis de bâtons. Selon un groupe d’assistance aux migrants, l’hôpital en a accueilli entre 30 et 40, dont des femmes et des enfants. «Certains ont été jetés de terrasses, d’autres agressés avec des sabres.» En même temps, la gare de Sfax voyait affluer des migrants tentant de fuir la ville.
La situation en Tunisie est suivie de près par l’UE, qui veut empêcher les traversées depuis ce pays. Les discussions sont en cours sur un «partenariat global» comprenant, outre un volet migratoire, le renforcement des liens économiques et commerciaux avec Tunis. À la clé, un plan de soutien de 1 milliard d’euros. Mais le président Saïed a prévenu qu’il ne serait pas le «garde-frontière» de l’Europe.