SéismeAprès le désastre, la Turquie s’attaque aux mafias du bâtiment
Des arrestations et des mandats d’arrêt pleuvent après l’effondrement de milliers d’immeubles, ne laissant aucune chance aux habitants.
Leurs photos sont partout: celle du promoteur arrêté alors qu’il tentait de fuir à l’aéroport d’Istanbul vendredi et celle de ses deux comparses, dont les internautes demandent la tête. Mehmet Yasar Coskun était le maître d’ouvrage de la résidence «Rönesans» (Renaissance), construite à Antakya, dans le sud de la Turquie, il y a 10 ans: le 6 février, l’immeuble de huit étages et 250 appartements avec piscine, qui abritait notamment le footballeur ghanéen Christian Atsu, a basculé sur le flanc et sur ses habitants.
Il est l’un des milliers d’immeubles en Turquie qui se sont affaissés sur eux-mêmes, sans laisser la moindre chance à leurs occupants saisis dans leur sommeil par le violent séisme (7.8) survenu à 4h du matin, lundi.
Arrestations et mandats d’arrêt
Dimanche, sept jours après la catastrophe qui a fait près de 30’000 morts rien qu’en Turquie, trois personnes ont été écrouées, sept interpellées dont deux autres promoteurs qui tentaient de s’échapper en Géorgie, et 114 sont toujours recherchées, a annoncé le ministre turc de la Justice, Bekir Bozdag. Au total, 134 enquêtes ont été lancées.
Dans sa déposition, le promoteur de la résidence Renaissance – devenu emblématique de ces mauvaises pratiques dénoncées de longue date dans le pays – a rejeté les accusations portées contre lui et ses associés. «J’ignore pourquoi le bâtiment s’est effondré. Tous les permis avaient été délivrés après les études effectuées par la mairie et la compagnie de contrôle», a-t-affirmé. Le permis pour cette résidence a été signé en 2021 par le district d’Ekinciler, à Hatay.
Le maire de l’époque a confirmé au site d’information T24 avoir délivré ce permis mais «le contrôle a été fait par une compagnie privée».
Règles ignorées
Des responsables ont bénéficié de prescriptions
Jusqu’alors, les promoteurs et entrepreneurs véreux semblaient avoir de beaux jours devant eux malgré les alertes répétées d’ingénieurs et architectes reconnus. Après le violent tremblement de terre de 1999, qui avait fait 17’000 morts dans le nord-ouest de la Turquie, autour de Kocaeli, il avait fallu six mois avant la première arrestation. Le quotidien «Milliyet» avait alors titré «Seulement huit arrestations pour 17’000 vies perdues».
Par la suite, plus de 2000 procédures ont été ouvertes contre les promoteurs des bâtiments effondrés mais aucune peine prononcée pour 1800 d’entre eux en raison d’une amnistie générale décrétée en décembre 2000 par le gouvernement. Finalement, la plupart des responsables avaient pu bénéficier d’une prescription en 2007.